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La pénurie de professionnels de santé en Seine-Saint-Denis s’aggrave et remet en cause l’égalité des droits d’accès aux soins.

«On a de plus en plus de demandes de nouveaux patients et de visites à domicile. Dans le même temps, il y a de moins en moins de médecins à La Courneuve. Je continue à prendre les nouveaux patients, mais je commence à refuser les visites à domicile depuis un an. » Médecin généraliste et médecin du sport installé depuis 1983 à La Courneuve, le docteur Termis a décidé de passer en secteur 2 ( ndlr : honoraires libres ) en 1995 : « Je n’avais pas envie d’avoir 60 patients par jour pour finir par leur consacrer cinq minutes de consultation. Je voyais le nombre de patients monter, mais je préférais passer plus de temps avec eux. »

Quand un médecin généraliste de secteur 2 se retrouve contraint de refuser des patients pour protéger ses conditions de travail, on se demande ce qu’il en est pour la plupart de ses confrères courneuviens en secteur 1. Selon la Caisse de retraite des médecins, il y a 7,13 médecins pour 10 000 habitants en Seine-Saint-Denis contre 12,32 chez ses voisins parisiens. Chiffres auxquels il faut rajouter la pénurie de spécialistes. Une situation d’autant plus préoccupante que le département détient le triste record pour la mortalité infantile ( 5,4 cas pour 1 000 naissances contre 3,6 en France ), la tuberculose et le diabète.

pansement

Photo : PetitsPixels

Dans ce contexte, le Centre municipal de santé de La Courneuve, fait office de bouée de sauvetage indispensable. Pour remédier à ces problèmes, plusieurs mesures incitatives ont été mises en place ces dernières années. Depuis 2007, les praticiens qui s’engagent à exercer au moins trois ans dans les déserts médicaux reçoivent une prime représentant 20 % du montant de leurs honoraires. Mais les résultats sont mitigés : à peine 50 médecins supplémentaires, soit 3 % d’effectifs pour un coût estimé à 25 000 euros par médecin. Trop cher et inefficace pour le gouvernement.

La loi HPST* de 2009 prévoyait également une amende pour les médecins qui refuseraient de s’installer dans ces zones défavorisées. Mais l’amende a été supprimée, à l’Assemblée nationale le 13 avril dernier, sous prétexte que « ceux qui sont pour la coercition infantilisent les médecins et les internes », d’après le ministre de la Santé, Xavier Bertrand, qui annonçait dans la foulée son intention de quadrupler, d’ici fin 2011, le nombre de maisons de santé pluridisciplinaires ( 60 à 240 ), afin de lutter contre les déserts médicaux. Reste à savoir si la Seine-Saint-Denis, et La Courneuve en particulier, profiteront concrètement de cet énième effet d’annonce.

Julien Moschetti

* Hôpital, patients, santé et territoires

Publié dans Regards, le journal de la Courneuve, le 1er juin 2011.

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