A Dauphine, les étudiants en finance «pas si inquiets»

La fine fleur des étudiants en finance ne se fait pas trop de souci pour son avenir, même si certains reconnaissent qu’ils devront revoir (un peu) leurs prétentions salariales à la baisse.

Vendredi, 11h30. Paris XVIème. Devant les marches de l’université, le Figaro est remis en main propre aux futurs cadres endimanchés dont certains ont déjà la tenue de l’emploi: costumes-cravates, sacoches en cuir, chaussures de ville impeccablement lustrées. Les lois du marketing et du business suivent leur cours, comme si la crise n’avait jamais existé.

Nous sommes à la prestigieuse université Paris-Dauphine. 40 ans d’existence, 9 000 étudiants, plus de 150 formations de niveau Licence, Master et Doctorat. Des diplômes qui ont valeur de sésame sur le marché du travail, en particulier le master 203 « marchés financiers , marchés des matières premières et gestion des risques », censé être la voie royale pour travailler en salles de marché. Joint au téléphone, le secrétariat du 203 prévient : «Nous ne répondons plus aux questions des journalistes. On a eu suffisamment de sollicitations ces derniers temps.»

Heureusement, les étudiants sont un peu plus prolixes. Raphaël est en licence de finance spécialisation « actionnariat et assurance ». Il est catégorique: « La crise ne sera pas éternelle. La situation se retournera dans 2 ans. Ce ne sera pas plus difficile sur le marché du travail.»

«Les coffres-forts reviennent à la mode»

Sofiane, en dernière année de master de gestion de patrimoine, estime qu’avec la crise financière, «c’est le meilleur moment pour saisir les opportunités», qu’il faut «investir maintenant en bourse». Il s’y voit déjà. Il conseille d’acheter du Dexia, du Fortis car il est persuadé que le cours des actions va remonter à terme. Pour notre expert dilettante, «le marché va se stabiliser en février/mars et les effets de la crise d’estomperont en 2011», comme le prédisent ses professeurs.

Professeurs qui, dans le même temps, mettent en garde ses camarades sur les «rêves de gloire à 60000 euros qu’il faudra revoir à la baisse, sous peine de prendre une grosse claque». D’ailleurs, affirme-t-il, les étudiants ont revu leurs prétentions salariales à la baisse : ils pensent gagner environ 30 000 euros par an en début de carrière, contre 33 000 à 35 000 euros avant la crise.

L’entrée sur le marché du travail ne lui fait pas peur car «la banque est un secteur très porteur et que l’on a besoin de jeunes avec les départs à la retraite». Il est convaincu que la crise ne va rien changer, si ce n’est peut-être ralentir un peu les embauches car le secteur bancaire français est solide, «comparé aux Etats-Unis». Il a tout de même noté que «les coffres-forts reviennent à la mode».

Ne pas se concentrer uniquement sur la finance

Alice, qui s’est inscrite en master de finance cette année, est moins optimiste. Elle se dit qu’«elle n’a peut-être pas fait le bon choix.» Quand la crise financière est survenue, elle a tenté «d’élargir les horizons professionnels, pour ne pas se concentrer uniquement sur la finance». Elle a donc choisi des cours de management et nouvelles technologies car «les métiers de courtier sont peut-être obsolètes». Et si le marché était saturé à la sortie, pourquoi ne pas compléter sa formation avec un autre master ou tenter sa chance à l’étranger.

Pas d’étudiants de la filière 203 en vue. Selon les autres étudiants, qui les jalousent un peu, «ils ne sont pas si inquiets», persuadés que le réseau d’anciens élèves et les relations de leurs professeurs leur permettront de trouver du travail sans difficultés. Pourtant, leur rêve à tous de devenir trader s’estompe — avec la crise, la concurrence sera plus rude pour les rares postes disponibles, et d’autres écoles, plus spécialisées en mathématiques, ont aussi les faveurs des banques. Certains commencent même à réviser leurs prétentions salariales à la baisse: «L’an dernier, ils étaient sûrs de toucher 55 000 euros pour leur premier poste. Aujourd’hui, avec la crise, ils commencent à douter un peu».

Julien Moschetti
Publié le 10 octobre 2008 dans Libération

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