Adieu Balzac, bonjour jardin

Depuis début octobre, la friche de la barre Balzac renaît de ses cendres grâce au jardin pédagogique imaginé par des paysagistes.

Une simple grille sépare le jardin de la friche Balzac de la cour en ciment rouge défraichi de l’école primaire Joliot-Curie. Une frontière imperceptible quadrillée d’une infinité de mini hublots pour laisser l’imagination divaguer de l’autre côté. « Les enfants regardent le jardin quand ils sont dans la cour, témoigne Léonie, l’une des paysagistes du collectif Zeppelin à l’origine du projet. Ils parlent du jardin entre eux, cela nourrit leur imaginaire ». Le jardin pédagogique n’aurait sans doute jamais vu le jour sans la rencontre entre les paysagistes du collectif Zeppelin et Maya Lacour, agent de développement local de l’UT rénovation urbaine La Courneuve Ouest.

Quelques mois plus tard, deux classes de CE1 de l’école Joliot-Curie investissent les lieux. Aujourd’hui, c’est au tour de leurs camarades du centre de loisirs Joliot-Curie : « On aimerait bien faire pousser des plantes ensemble pour que vous les rameniez chez vous ensuite, explique Léonie en guise mise en bouche. Vous savez-ce ce que c’est un potager ? » Un doigt d’enfant se lève : « C’est une maison pour les cafards ? » La réponse montre l’étendue du travail pédagogique à effectuer. « En France, on étudie la faune et la flore mais on enseigne pas le fonctionnement des plantes et la botanique », confirme Léonie.  C’est aussi la raison pour laquelle Sabrya Bekiri, directrice du centre de loisirs Joliot-Curie, s’est lancée dans l’aventure : « Les enfants vont apprendre qu’on ne plante pas n’importe quoi à n’importe quel moment, que les fruits et légumes ont besoin d’entretien pour pousser… Mais c’est aussi une façon de redonner des couleurs à un quartier un peu désert depuis la destruction de Debussy et Balzac. »

Jardinage sur la friche Balzac

Photo : Virginie Salot

Sur le terrain, les enfants piaffent d’enthousiasme, font des aller-retour en courant pour remplir les carafes d’eau pour arroser les graines, se disputent les meilleurs outils pour creuser du mieux possible les trous des framboisiers plantés pour « éloigner les insectes des autres plantes ». Léonie distille sa culture en sortant le framboisier de son pot : « On l’a mis dans le pot quand il était petit. En grandissant, c’est là qu’il a fait sa maison. Il faut décompacter ses racines pour les mettre dans une nouvelle maison. » Une fois le trou refermé, les enfants partent à la recherche du compost, « une terre très riche pour aider les framboisiers à grandir plus vite ». Entre deux missions, un chef d’expédition autoproclamé propose de « chercher les escargots pour ne pas qu’ils meurent ».

Dans quelques semaines, l’atelier jardinage sera mis entre parenthèses, prolongé par des activités en lien avec les programmes pédagogiques : construction de maisons d’insectes, d’épouvantails, de représentations picturales… Le jardinage reprendra au printemps avant la deuxième phase du projet : la construction d’une fresque chronologique autour de la friche Balzac avec l’auteur de BD Berthet One. Si tout se passe comme prévu, « le travail avec les enfants permettra de rencontrer les parents pour les faire travailler sur le végétal dans les espaces publics, espère Léonie. Plus les gens s’approprient les espaces publics, plus ils les respectent car ils se sentent chez eux. »

Julien Moschetti

 Publié dans Regards, le journal de La Courneuve, le 8 novembre 2012.

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