«Attention les jeunes, ne tombez pas dans le panneau !»

Plusieurs milliers de retraités ont manifesté aujourd’hui à Paris pour protester contre la baisse de leur pouvoir d’achat et réclamer une revalorisation de leurs pensions.

Paris, 14H. Une foule de retraités est rassemblée au métro Sèvres Babylone pour réclamer une hausse immédiate des pensions. Tous les syndicats sont réunis, tous unis face à la dégradation de leur pouvoir d’achat. Après les manifestations de mars dernier, les retraités se mobilisent une nouvelle fois, insatisfaits de la hausse de leurs pensions (1,8% cette année dont 0,8% en septembre).

En tête de cortège, Michel Devacht, secrétaire général de la CFDT pointe du doigt l’augmentation des dépenses, qu’il s’agisse des produits de première nécessité, du loyer, de la santé ou de l’énergie. Selon lui, «si le coût de la vie augmente de 3,5%, on veut que les retraites soient aussi augmentées de 3,5%». Il demande également un minimum égal à 100% du smic net pour les pensions. Et de présenter les chiffres de la précarité : 3 millions de retraités toucheraient le minimum contributif de 850 euros et 700.000 seraient en dessous de 850 euros après une carrière complète.

Pierre, cadre à la retraite et militant CGT, affirme qu’un nombre croissant de retraités récupère de la nourriture à la fin des marchés. Il s’alarme également de l’augmentation des prix des médicaments et des tarifs des consultations, tenant compte du fait que «les retraités consomment plus de médicaments». «Certains sont privés de soins car ils ne peuvent pas suivre financièrement», lance-t-il.

La crise hante les esprits. Le spectre d’un système de retraite par capitalisation «qui n’offre pas de garantie» rôde. Bernard s’inquiète de la prospection des assurances privés «auprès d’un public malléable». Il défend le système de retraite par répartition qui «rentre tout de suite dans l’économie et fait vivre tout le monde». Son copain Hervé estime qu’une augmentation des retraites serait «une réponse à la crise car cela pourrait relancer la consommation et créer des emplois».

Nombreux sont ceux qui fustigent la réforme Balladur de 1993 dont les deux mesures phares ont entraîné la baisse des pensions : l’indexation des retraites sur le coût de la vie plutôt que sur les salaires et la prise en compte des 25 meilleures années au lieu de 10 années. Joël, ancien cheminot CGT, juge la réforme Balladur insidieuse, car elle «baisse au minimum toutes les retraites pour obliger les gens à assurer eux-mêmes leur propre retraite». Il rappelle qu’il se bat aussi pour les générations futures. Puis prévient : «Attention les jeunes, ne tombez pas dans le panneau !».

Julien Moschetti
Publié le 16 octobre 2008 dans Libération

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