Babcock, secret le mieux gardé du cinéma

La partie sud de la friche industrielle Babcock, accueille depuis 10 ans un grand nombre de tournages pour le cinéma et la télévision. Les raisons d’un succès.

«Le site Babcock constitue un décor rare et unique pour le cinéma et la télévision. En dehors du Hangar Y à Meudon, je ne connais pas de friche industrielle aussi gigantesque en Île-de-France ». Chargé de mission à la Commission du film de Seine-Saint-Denis, Stephan Bender sait de quoi il parle. Depuis la fermeture de l’usine Babcock en 1996, ses 35 000 m2 de superficie font le plus grand bonheur des sociétés de production. L’histoire démarre en 1898. Spécialisée dans la fabrique des chaudières industrielles, l’entreprise américaine Babcock & Wilcox s’installe à La Courneuve. Un demi-siècle plus tard, elle est le premier employeur de la ville ( 1 390 salariés en 1947 ). Sur la partie sud de la friche, les anciennes forges et chaudronneries. Une dizaine de grandes halles signées Dumez de 20 m de haut en béton armé construites dans les années 1920. Toitures à lanterneaux en voûte pour former des puits de lumière, façades en poutrelles d’acier, remplissage en briques polychromes, 4 km de voies ferrées, une trentaine de ponts roulants…

Babcock

Photo : Virginie Salot

Or, qui dit gigantesque, dit modulable à l’infini. « Plus le site est vaste, plus on a de possibilités de tournage, explique David Hagege, dont le métier consiste à repérer des décors pour les sociétés de production. Les grands hangars couverts du site offrent des conditions de studio avec une atmosphère particulière. On peut aussi aménager à sa guise les bureaux des bâtiments administratifs pour donner vie aux décors les plus récurrents : bureau du commissaire, garde à vue, cellule de prison… » Idéal pour les séries, on peut réaliser plusieurs épisodes en même temps sur différents espaces. Aussi les séries policières Braquo avec Jean-Hugues Anglade ou Engrenages avec Caroline Proust, diffusées sur Canal + ont été tournées à Babcock durant trois saisons. Même chose pour la série Jo avec Jean Reno sur TF1. L’espace et sa modularité ont conquis les producteurs de l’émission Master Chef.

Babcock

Photo : Virginie Salot

Mais c’est aussi et surtout l’aspect brut de décoffrage qui séduit la télévision et le cinéma : « Les réalisateurs apprécient le côté glauque du site, ses hangars désaffectés, ses armatures en tôle, ses briques rouges, confirme David Hagege. C’est beau à l’image, cela donne du cachet. Ce site respire le vécu, c’est un témoignage du passé. Rares sont les friches industrielles à moins de 50 km de Paris qui n’ont été ni rasées ni réhabilitées. » Parfait contre-exemple, la Cité du cinéma de Luc Besson à Saint-Denis, « un site gigantesque, mais réhabilité, ça se sent, ça se voit, selon Stephan Bender. Les plateaux de tournage sont collés les uns aux autres. Rien à voir avec les décors naturels de Babcock. Les réalisateurs recherchent des lieux qui sortent de l’ordinaire, des décors signifiants qui racontent une histoire. La toile de fond derrière les personnages ne suffit pas. Le décor doit devenir un acteur à part entière. » Comme disait Bernard Giraudeau, « La vraie séduction de l’acteur, c’est faire admettre au public qu’il est vraiment le personnage. » Sur ce plan-là, Babcock a réussi sa mission.

Julien Moschetti

Publié dans Regards, le journal de La Courneuve, le 10 octobre 2013.

Bonus…..

93, terre de tournages
En dehors du site Babcock, la Seine-Saint-Denis est devenue en quelques années un territoire prisé des réalisateurs. Une attractivité renforcée par le travail de la Commission du film de Seine-Saint-Denis qui accompagne les professionnels sur leurs tournages dans tout le département. Les réalisateurs filment régulièrement à l’ancien hôpital Maison-Blanche à Neuilly-sur-Marne, au musée de l’Air du Bourget, au Stade de France, au Théâtre de Montreuil ou au Centre national des arts du cirque de Rosny.

La filmographie Babcock

Des scènes de nombreux longs métrages ont été filmées depuis 2003 sur le site Babcock. Dans l’ordre chronologique : Taxi 3 de Gérard Krawczyk, Les Rivières pourpres 2 d’Olivier Dahan, Deuxième souffle d’Alain Corneau, Carlos d’Olivier Assayas, La Femme du Vème de Pawel Pawlikowski avec Kristin Scott Thomas, Échange d’identité de Dominique Farrugia, La Conquête de Xavier Durringer, Switch de Frédéric Schoendoerffer, Polisse de Maïwenn, Vous n’avez encore rien vu d’Alain Resnais, La prise en passant de Gilles Mimouni, Dépression et des potes d’Arnaud Lemort, Le Grand Retournement de Gérard Mordillat, Juliette de Pierre Godeau, Safe de Fred Cavayé. Le dernier film tourné ici ne date que d’août dernier : États de femmes de Katia Lewkowicz avec Laura Smet.

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