Bœuf pluridisciplinaire

L’inventeur du soundpainting, un langage de composition en temps réel, était l’invité de marque des masterclass du Conservatoire à Rayonnement Régional d’Aubervilliers-La Courneuve, du 25 au 27 janvier.

« Tu as fait une erreur de signe Laura, ça m’a donné une idée pour composer en temps réel. Surtout, continuez à faire des erreurs, ça me donne plein d’idées ! » Joseph Grau, le professeur de l’atelier collectif d’improvisation contemporaine du CRR 93, sait trouver les mots justes pour susciter le lâcher prise. Dans quelques jours, ses élèves participeront aux masterclass de soundpainting, un langage de direction d’orchestre et de composition en temps réel crée dans les années 1970 par le compositeur newyorkais Walter Thompson (interview ci-dessous). Le soundpainting est une langue des signes d’un autre monde (1 200 gestes en tout), un mode d’expression artistique hors-normes inventé pour élargir de spectre de créativité d’orchestres pluridisciplinaires. Le soundpainter (chef d’orchestre) utilise ses mains et son corps pour envoyer des signaux aux performers (différents artistes de l’orchestre) dont les réponses sont à leur tour modelées par le chef d’orchestre qui donne lui-même naissance à une nouvelle série de gestes. « Avec le soundpainting, tout élément devient un élément de composition qui se construit en temps réel, se réjouit Joseph Grau, un ancien élève de Walter Thompson. Un même signe peut induire des réponses différentes, si bien que l’erreur devient un élément de composition à part entière. Le soundpainting permet une pédagogie sans erreur. »

012_2029

Photo : Virginie Salot

Autre avantage, l’universalité du langage, source de pluridisciplinarité. Le résultat est ahurissant. Le pianiste pince les cordes de son piano, frappe du poing contre le couvercle, la comédienne se transforme en chat, poule, chimpanzé… Débarrassés du spectre de l’erreur, les artistes se libèrent, improvisent à loisir dans les directions qu’ils désirent, comme des enfants de maternelle dans un cours de récréation. Une connivence universelle s’établit entre le soundpainter et les performers. « On joue relax, sans stress, ça permet de se lâcher, s’amuse Louise, une joueuse de flute traversière de l’atelier d’improvisation du CRR 93. Le soundpainting permet de dépasser l’apprentissage de la technique classique pour rechercher de nouveaux sons, produire des effets différents grâce aux signes. Cela nous permet de mieux connaître notre instrument. » Pour la comédienne Laura, le soundpainting permet d’ « ouvrir d’autres champs d’expression, au delà de la comédie. J’apprécie particulièrement l’interactivité du soundpainting qui permet de créer collectivement tout en interagissant avec les autres artistes, peu importe la discipline artistique. » Pour découvrir de vos propres oreilles cet ovni musical, rendez-vous au CRR 93, le vendredi 25 janvier et le dimanche 27 janvier. « Aujourd’hui, on a peu trop tendance à venir écouter ce qu’on l’on connaît déjà, prévient Joseph Grau. On ne veut pas être surpris, dérangé dans ses habitudes. Oubliez ce que vous connaissez, soyez curieux de nouveauté »

Julien Moschetti

* CRR 93* : Conservatoire à Rayonnement Régional d’Aubervilliers-La Courneuve

http://www.soundpainting.com

Interview bonus :

Walter Thompson, compositeur et inventeur du soundpainting.

Regards : Comment est né le langage de ce que vous appelez le soundpainting ?
Walter Thompson : J’ai créé mes premiers gestes en 1974 dans le premier orchestre que j’ai dirigé à Woodstook, une ville proche de New York. Frustré par la réponse d’un artiste interprète lors de mes premiers essais, j’ai essayé de communiquer avec le groupe sans être obligé de passer par des mots. Et j’ai inventé le signe Long Tone (Son Tenu) pour renforcer la direction musicale de ma composition. Quelques minutes plus tard, la réponse au geste était excellente, j’ai donc créé un autre signe. Cela a donné le soundpainting .

R. : Les signes de soundpainting ont-ils vocation à structurer, cadrer l’improvisation ?
W. T. : Non, les signes ne servent pas à structurer ou guider l’improvisation, mais à composer des œuvres musicales. Le soundpainting n’est pas intuitif, c’est un langage de composition complètement codifié. Chaque signe a ses caractéristiques spécifiques. C’est un peu comme si on utilisait des signes à la place d’un stylo ou d’un papier pour parler, sauf qu’on compose.

R. : En quoi le soundpainting ouvre t-il la voie de la pluridisciplinarité ?
W. T. : Le soundpainting casse les barrières entre les différents arts pour offrir plus de liberté aux compositeurs. On peut parfaitement imaginer un groupe de soundpainting qui mélangerait des musiciens, des danseurs, des acteurs, des artistes visuels, des clowns, des avocats, des docteurs, des politiciens. Plus le groupe est varié, plus le challenge est intéressant pour le compositeur. Je ne veux pas re-créer ce qui a déjà été fait, je préfère prendre des risques, me lancer des défis qui m’amèneront vers d’autres directions dans mon travail.

Propos recueillis par Julien Moschetti

Walter Thompson, compositeur new-yorkais a inventé le soundpainting.

Publié dans Regards, le journal de La Courneuve, le 17 janvier 2013

Laisser un commentaire