De l’errance à la revanche sociale

À l’occasion du dixième anniversaire de l’école de la deuxième chance de Seine-Saint-Denis (E2C 93), retour sur le parcours de quelques « rescapés ».

« Grâce à l’école de la deuxième chance, j’ai réussi à déployer mes ailes. » Comme de nombreux anciens élèves, Fatima a laissé un mot sur le livre d’or de l’antenne courneuvienne de l’E2C 93. Cette école, dédiée aux adultes sortis du système scolaire sans le moindre diplôme ni qualification, fêtait ses dix ans en décembre dernier. Ses locaux sont situés au coeur de la ville, près du centre commercial de La Tour.

Les atouts de l’E2C ? Sa pédagogie personnalisée et son système d’alternance. La remise à niveau en français, mathématiques ou informatique est assurée sur mesure pour chacun durant huit mois maximum. Les élèves progressent à leur rythme, en fonction de leur potentiel d’apprentissage et de leur projet professionnel. Un mode de fonctionnement idéal pour la plupart de ces jeunes adultes qui portent les cicatrices de leur échec scolaire. « Les formateurs prennent le temps de nous expliquer en fonction de notre rythme, confirme Christina, 21 ans, sortie de l’école en février 2012. Ils ne passent pas au chapitre suivant tant qu’un stagiaire ne comprend pas. Cela m’a permis de me remettre à niveau dans les matières principales pour passer mon CAP. »

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Photo : jef safi ‘Parker Mojo Flying

Aujourd’hui en formation CAP Petite Enfance, Christina revient de loin : « J’ai arrêté l’école sans diplômes, sans connaissances. Je ne me sentais capable de rien. Les formateurs de l’E2C m’ont redonné du courage. Ils me disaient : « Tu peux y arriver si tu t’en donnes les moyens ». » Mais c’est aussi grâce aux stages en alternance faisant partie intégrante de la formation de l’E2C que Christina regagne l’estime de soi-même. Chaque stagiaire a son tuteur patenté qui remplit une feuille d’évaluation par champs de compétences.

« J’ai pris conscience que je n’étais pas une incapable quand j’ai reçu de bonnes appréciations, se souvient Christina. Le tuteur me disait : « Tu es sur le bon chemin, ne baisse pas les bras. » Cela a conforté le désir de me battre. » Pour Éric*, un ancien élève de la promotion 2006/2007, le déclic s’est aussi produit au cours d’un stage : « J’avais déjà fait un peu d’électricité sans vraiment m’y intéresser. J’ai alors découvert qu’il était nécessaire de réfléchir, et pas seulement d’exécuter, qu’il s’agisse du passage des câbles ou du mode de pause. »

Le stage débouchera sur un BEP et un bac pro en alternance dans la même entreprise. Regonflé à bloc, le jeune homme de 26 ans enchaîne sur un BTS Fluides, énergies, environnements en alternance chez GRDF. Désormais apprenti chargé d’études, il conçoit et optimise les réseaux de gaz. « L’E2C m’a donné les outils pour m’épanouir dans la vie de tous les jours, je ne les remercierai jamais assez, confie Éric, ému. Aujourd’hui, je vis ma vie comme je l’avais rêvée. Tout le monde a des capacités en lui, il faut juste les trouver, car personne ne viendra vous les donner. »

Et Christina de renchérir : « Beaucoup de gens m’ont rabaissée par le passé. Il ne faut pas les écouter, mais s’écouter soi-même. Quand tu désires quelque chose, tu dois aller de l’avant. À chaque échec, on doit recommencer sans se décourager. Car tout le monde subit un jour des échecs. » On avait oublié de vous dire, l’E2C dispense aussi des cours de philosophie.

Julien Moschetti

* Le prénom a été modifié pour des raisons de confidentialité.

Publié dans Regards, le journal de La Courneuve, le 31 janvier 2013.

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