Des HBM aux HLM : une aventure collective

À l’occasion des 100 ans du logement social, retour sur l’histoire mouvementée d’une politique en dents-de-scie.

D’après l’Insee ( chiffres 2008 ), 32,7 % des habitants de Seine-Saint-Denis et 48,1 % des Courneuviens vivent en HLM. Les premières traces du logement social remontent à la révolution industrielle de 1860. Un tournant crucial pour les ménages modestes. « Des hommes politiques, des médecins, des hygiénistes, des sociologues trouvaient que les conditions de logement de la classe ouvrière étaient indignes, rappelle Danièle Voldman, directrice de recherche au Centre d’histoire sociale du XXe siècle du CNRS. Certains y voyaient des questions morales, d’autres, un risque d’explosion sociale. » Cette prise de conscience collective débouche sur la loi Siegfried en 1894. Les sociétés privées sont autorisées à se constituer en coopérative pour emprunter à des organismes d’État, à des taux dérisoires et à très long terme, afin de construire des logements ayant des loyers à bon marché. En 1912, la loi Bonnevay est à l’origine de la création des Offices publics d’habitation à bon marché ( OPHBM ). Désormais, les départements et les municipalités peuvent emprunter à taux réduits.

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Photo: Virginie Salot

À La Courneuve, un office public d’Habitation à bon marché (HBM) voit le jour en 1929. Mais le nombre de logements construits reste insuffisant en France jusqu’en 1945. Une ambitieuse politique de logement social est conduite durant l’après-guerre pour faire face à l’effet conjugué des destructions, du baby-boom, de l’exode rural et de l’afflux de main-d’œuvre étrangère. Le parc augmente de moitié entre 1953 et 1975. En 1957, la Ville de Paris valide la construction d’un peu plus de 4 234 logements à La Courneuve. L’arrivée de Valéry Giscard d’Estaing au pouvoir, en 1974, marque la transition d’une politique d’aide à la pierre à une politique d’aide à la personne ( allocations logement, aides à l’accession à la propriété ). L’État se désengage progressivement de la construction de logements sociaux. « On a considéré le logement comme une marchandise. Petit à petit, le logement social a perdu sa raison d’être, qui était le logement pour tous, regrette François Nivet, président de l’OPHLM de La Courneuve jusqu’en 2004. C’est devenu le logement pour les plus démunis. On a ouvert la boîte de Pandore. »

Le contexte économique contribue aussi à noircir le tableau. « Le système fonctionnait dans une période de croissance et de plein emploi, analyse Danièle Voldman. Avec le choc pétrolier en 1973, les coûts de fonctionnement et d’entretien ont terriblement augmenté et le chômage s’est développé. Les organismes HLM dépensaient plus et encaissaient moins en raison des impayés. » Les loyers augmentent, les conditions d’habitat et la sécurité se dégradent aux 4 000. Les expulsions et les saisies se multiplient. Les grèves des loyers et la mobilisation acharnée de l’Amicale des locataires et du maire James Marson finissent par porter leurs fruits. En 1984, la Ville de Paris cède les logements des 4 000 à l’OPHLM de La Courneuve. La réhabilitation du quartier peut enfin démarrer. La barre Debussy implose en 1986. La Courneuve reprend son destin social en main.

Julien Moschetti

Publié dans Regards, le journal de La Courneuve, le 1er février 2012.

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