École obligatoire, enfin presque…

Ils seraient moins de 10 % d’enfants roms scolarisés en France*. Qu’en est-il à La Courneuve ?

Les deux camions se garent rue Pascal, aux abords du camp situé entre les sites Paprec et Eurocopter. Les tympans vivifiés par le bruit de moteur familier, les enfants roms se précipitent à la rencontre de leurs professeurs, ivres de bonheur, comme si le Père Noël en personne était de passage. Deux à trois fois par semaine, depuis un an et demi, les deux enseignants bénévoles de l’association Aset 93 (Aide à la scolarisation des enfants tsiganes), Marine Danaux et Julien Radenez, garent dans la rue Pascal leurs camions-écoles, agencés en véritables mini-salles de cours (tableau, bureaux, chaises…). Huit élèves par classe maximum pour optimiser les conditions de travail. « On privilégie les activités manuelles et l’oral pour leur transmettre du vocabulaire. On leur donne des habitudes de classe : ne pas se lever de sa chaise, lever la main pour s’exprimer, garder le silence, arriver à l’heure… On vérifie leur motivation, leur constance. » À la demande de l’Aset 93, une Classe d’initiation pour non-francophones (Clin) avait été ouverte l’année dernière (de janvier à juin) à l’école élémentaire Paul-Langevin. C’est ainsi que 25 enfants roms, issus de deux camps différents (rue Pascal et rue de la Convention), avaient rejoint leurs camarades d’origine tamoule, tchétchène, géorgienne ou chinoise. Cartables, fournitures scolaires, vêtements sont fournis par l’école, et une douche est proposée aux enfants chaque matin.

Ecole-Roms©JM

Photo : Virginie Salot

Directrice de Paul-Langevin, Françoise Tirante se souvient d’une période d’adaptation difficile, marquée par un rejet profond des autres enfants : « Une délégation de mamans était venue me voir pour me dire que ce n’était pas normal d’accueillir des Roms. On a été obligés de faire un recadrage dans les classes, de leur expliquer leur mode de vie spécifique, pourquoi ils ne parlaient pas bien français. À la fin de l’année, les enfants roms mangeaient et jouaient avec tous les autres. » Contrairement aux Roms de la rue de la Convention, originaires de Bucarest, les enfants de la rue Pascal, originaires de la région d’Arad, arrivaient à l’école « toujours très propres, accompagnés par leurs parents ». Installée depuis deux ans et demi sur La Courneuve, cette communauté, de confession évangélique, a même construit sa propre salle de prières.

Un droit fondamental pour tous les enfants

D’après Julien Radenez, ces enfants sont « calmes, ont envie d’apprendre, contrairement à ceux de la rue de la Convention, qui étaient des petits difficiles à cadrer ». Père d’une fille de 7 ans du camp de la rue Pascal, scolarisée l’année dernière à La Courneuve, Ioan a compris que l’école était un outil d’émancipation : « L’école aidera nos enfants à s’intégrer dans la société, à être en règle comme tout le monde. Ils doivent apprendre à lire et à écrire pour apprendre un métier plus tard, pour ne pas faire comme leurs parents, qui vivent de la ferraille et de mendicité. » Cette année, la municipalité a validé la demande de 17 enfants (sur 30 scolarisables de la rue Pascal), qui devraient bientôt intégrer une école. « L’école est un droit fondamental pour les enfants, rappelle Françoise Tirante. J’accueille tous les enfants. Ça ne m’intéresse pas de savoir d’où ils viennent. En France, l’école est obligatoire jusqu’à 16 ans. Quand je vois la police laisser des enfants de 5 ou 6 ans faire la manche et laver les pare-brise des voitures, je suis choquée. Certains avaient un énorme potentiel. Quel gâchis… »

Julien Moschetti

*D’après Michel Fèvre, président de Romeurope 94.

Publié dans Regards, le journal de La Courneuve, le 21 décembre 2011

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