Improvisation dramatique

Reportage au cœur des ateliers théâtre animés du Centre dramatique.

Samedi 7 mai, 14h30. C’est le jour J, le moment de vérité, le résultat final de longues semaines de répétition. « Au voleur, au voleur, au voleur ! Qui a volé les mots, qui a volé les mots ? Encore ces Français, quel culot, voler les mots ! », chantent en cœur les enfants des centres de loisirs Louise-Michel et Saint-Exupery, galvanisés par la présence de leurs parents dans les gradins du Centre dramatique. Une manière originale de revisiter la chanson Qui a volé les mots ? de Michèle Bernard. « Cette chanson évoque les mots piqués par les Français dans les pays où ils sont allés. Cela valorise la diversité des cultures qu’on peut retrouver à La Courneuve. Cela pousse les enfants à assumer leurs origines », explique Jean-Luc Mathevet, animateur des ateliers avec Marc Allgeyer. Les deux comédiens ont travaillé sur l’improvisation corporelle sous forme de jeu, avant de s’attaquer aux textes proprement dits. « J’espère que la représentation va permettre à mon groupe de sortir de ces dix séances avec un sentiment de réussite. Je suis d’ailleurs curieux de les voir à l’œuvre, notamment Mathieu qui a des problèmes d’articulation ». La première partie du spectacle est consacrée à des exercices d’échauffement. Mi-chef de meute, mi-chef d’orchestre, Marc donne le ton des mimes à suivre. « Attention, on marche dans la boue ! » Les enfants s’en donnent à cœur joie, rivalisent d’imagination pour incarner les changements d’environnement. Place au « couloir des sensations ». Froid de canard, chaleur étouffante, obscurité totale… Un arc-en-ciel de créativité illumine les planches. Il faudra attendre la deuxième partie pour explorer l’univers de Michèle Bernard. À terre, une série d’objets divers et variés symbolise les mots étrangers volés par les Français. Les comédiens en herbe piochent dedans, se réapproprient tour à tour valise, satin et safari arabes, turban et percale turcs. Les parents ont le sourire vissé aux lèvres. Tous les enfants s’en sont sortis avec les honneurs. Mathieu y compris : « C’était dur. Je tremblais. J’avais honte de parler. Je n’ai pas bien dit mon texte. Mais j’aurai moins honte à l’avenir ».

Julien Moschetti

Publié dans Regards, le journal de la Courneuve, le 31 mai 2011.

Laisser un commentaire