Le cinéma l’Étoile fête ses 20 ans

Inauguré le 12 juin 1993, l’Étoile célèbre ses vingt ans fin septembre. L’occasion de revenir sur l’histoire et la spécificité de ce cinéma local, construit et financé par la municipalité.

« Que le cinéma redevienne nécessité de création. Pur art et art pur, les deux, comme à sa naissance. Trop salopé par le profit. Ils ne nous auront pas, mais nous, on les aura. Vive le cinéma ! L’art les aura. Garges-lès-Gonesse, La Courneuve, quels beaux cris de guerre ! » Quelques jours avant l’inauguration de L’Étoile, le comédien et réalisateur Jean-Pierre Sentier manifestait son enthousiasme par courrier. L’Étoile de La Courneuve et le Jacques-Brel de Garges-lès-Gonesse, symboles de la résistance du cinéma indépendant face à la machine de guerre mercantile des cinémas multiplexes. Tout démarre dans les années 1960. L’avènement de la télévision et de la société de loisirs précipite l’effondrement de la fréquentation des salles privées. La montée en puissance des multiplexes dans les années 1970, entraîne la disparition de nombreuses salles privées en France. À La Courneuve, l’ancien cinéma L’Étoile avenue Gabriel-Péri ferme ses portes et ses 700 places en 1965, après trente ans de loyaux services. Face à la disparition des cinémas de quartier, l’État et les collectivités réagissent dans les années 1980. Créée en 1983, l’Agence pour le développement régional soutiendra financièrement la création de nombreux cinémas municipaux. C’est ainsi que sont nés L’Étoile de La Courneuve ou le Méliès de Montreuil.

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Photo : m4tik

« Nous ne faisons pas le même métier que les multiplexes, déclarait en 2007 Fabienne Hanclot, programmatrice de l’Étoile qui entre 2002 et 2006 doublera sa fréquentation annuelle, passant de 12 000 à 25 000 spectateurs. Nous ne sommes pas dans une logique de consommation mais dans une logique de voir ensemble, et d’échanger par le débat, par la rencontre, avec le réalisateur. Pour faire venir le public, il faut faire de ce cinéma un lieu de vie et proposer une approche différente du cinéma ». Débats, rencontres, festivals, soirées thématiques, éducation à l’image, ciné-goûters, ciné-déj, ciné-concerts… Depuis vingt ans, le cinéma municipal multiplie les initiatives pour remplir au mieux sa mission de service public. Comme le soulignait en 1993 son premier directeur, Jean-Pierre Roux, « L’Étoile vit grâce aux deniers municipaux, il est donc juste et légitime que tout le monde y trouve son compte ». En 2012, l’effort financier de la Ville se monte à quelque 353 000 euros pour son fonctionnement et le cinéma poursuit l’ambition de son ancien responsable : « s’adresser à une mosaïque de goûts et de désirs », car il n’existe pas de « mauvais publics ».

Aujourd’hui encore, sa programmation est toujours aussi éclectique comme le revendique Nicolas Revel, son directeur depuis janvier 2013. « Nous sommes les héritiers des ciné-clubs, mais aussi du mouvement d’éducation populaire qui prônait l’émancipation de tous en élargissant l’accès à la culture. Notre programmation conjugue exigence et large éventail de films. » Des propos confirmés par Aïcha Belaïdi, fondatrice du festival Les Pépites du cinéma : « Avec sa programmation diversifiée de grande qualité, L’Étoile diffuse aussi bien des films pointus que des films populaires. Il constitue une vitrine pour un autre type de cinéma, beaucoup moins formaté que les multiplexes dont 90 % des films sont des grosses productions. » Une spécificité qui faisait dire à Rachid Bouchareb, de passage à L’Étoile avec Jamel Debbouze en 2006 pour la sortie d’Indigènes : « C’est chez moi ici. J’ai grandi à Bobigny. Une jeune fille dans la salle m’a passé le bonjour de la part de son grand-père que j’ai connu il y a 20 ans, c’est formidable ! »

Julien Moschetti

Publié dans Regards, le journal de La Courneuve, le 12 septembre 2013.

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