Jean-Claude Haudecoeur, président de la société Haudecoeur

Toujours aussi alerte à bientôt 69 ans, les yeux pétillants d’un enthousiasme juvénile quand il évoque son entreprise familiale, Jean-Claude Haudecoeur se prépare à passer le relais, serein. L’homme a métamorphosé la société de négoce de graines courneuvienne de son père. Et réussi, en partie grâce à l’aide de sa fille et son gendre, à anticiper les mutations de l’industrie alimentaire moderne (achats, grande distribution, qualité, marketing…), sans toutefois renier ses valeurs paternalistes.

Jean-Claude_Haudecoeur

« Mes parents ont ouvert une graineterie aux Quatre-Routes en 1932. On vendait principalement des sachets de graines de semence. L’entreprise s’est ensuite tournée vers le marché des colombophiles, les éleveurs de pigeons voyageurs. On a alors acheté les premières machines de triage pour offrir une alimentation saine à ces pigeons. On nettoyait les produits pour servir les 25 revendeurs de graines de Paris. Quand les grainetiers ont disparu au début des années 80, on s’est réorienté sur le créneau du riz et des légumes secs en vrac. Je suis rentré dans l’entreprise en 1963 en tant que chauffeur livreur et j’en ai pris la direction en 1984. C’est à cette période qu’on a commencé à faire de l’import. Nous sommes devenus le premier importateur français de riz basmati. Nous importions aussi une gamme complète de légumes secs (haricots, lentilles, pois chiche, fèves…) que l’on nettoyait grâce à nos machines de triage. Nos produits sont encore relativement protégés de la spéculation Il n’y a pas de marchés à terme comme pour le blé et le maïs. Les principaux producteurs de riz sont également de gros consommateurs. Le marché de l’exportation du riz représente à peine 6 % de la production mondiale.

« Les consommateurs nous ont obligés à évoluer »

On s’est essentiellement développé par l’intermédiaire des épiciers qui vendaient en vrac. Ce sont les consommateurs qui nous ont obligés à évoluer. C’est à leur demande qu’on est allé chercher des « produits ethniques » qui correspondaient à leurs besoins. Ils recherchaient des produits auxquels ils étaient habitués dans leur pays d’origine, mais qu’ils ne trouvaient pas en France. On a mis à profit les vagues d’immigration successives à La Courneuve pour développer ces produits ethniques. On s’est adapté à ces nouvelles clientèles : les Espagnols et les Italiens d’abord, puis les Tunisiens, les Marocains et Algériens, avant l’arrivée des Asiatiques. On a hésité à déménager, mais on est resté à La Courneuve parce qu’on désirait rester à proximité de cette nouvelle clientèle. De plus, une grande partie de notre personnel de base habitait à La Courneuve ou Drancy. Tous les cadres que nous avons fait évolué au sein de l’entreprise habitent aujourd’hui dans le 93. En tant qu’entreprise familiale, c’est très important de garder nos employés. Un a très peu de turnover. On est attaché à notre personnel, et c’est réciproque.

« Je garderai un rôle de conseiller »

Nous sommes aujourd’hui le 3e industriel de produits secs en France, derrière deux grands groupes. Plus besoin d’intermédiaires. On va chercher le produit brut, on le transforme, on le met aux normes européennes et on le distribue. Cela offre la certitude qu’on ne vend pas un produit importé sans un contrôle préalable. C’est important car le consommateur est devenu plus difficile. Il recherche un produit fini proche du zéro défaut. Nous avons donc crée un service qualité en 2002. Nous préparons aujourd’hui la certification pour se positionner sur les marques MDB (marques de distributeurs). On s’oriente aussi aujourd’hui vers des produits préparés. On vient de sortir des sauces hallal, des bonbons hallal, des produits prêts à la consommation. On essaye de regrouper tous les produits orientaux sous la marque Samia pour mieux communiquer auprès du grand public. Il y aura d’ailleurs une campagne d’affichage dans quelques semaines.

C’est avec l’arrivée de ma fille en 1991 qu’on a développé la vente en grande distribution. Je faisais tout jusqu’à ce que ma fille arrive. C’était un peu lourd. L’entreprise a évolué et ce n’est plus possible de tout faire tout seul. Ma fille s’occupe désormais des ventes et du suivi des Grands comptes. Mon gendre s’occupe du suivi du personnel, du développement des process qualité et des achats complémentaires. Je m’occupe principalement des achats de matières premières et du juridique. Je supervise aussi la comptabilité. Je fais trois grands voyages par an pour améliorer nos produits dans les lieux de production. Je pense passer le relais définitivement dans un an ou deux, mais je continuerai à garder un œil sur l’activité. Je vais me retirer, mais pas complètement. Je garderai un rôle de conseiller. Quand vous avez passé 50 ans dans une entreprise, c’est un peu difficile de vous en détacher à 100 %. »

Propos recueillis par Julien Moschetti

Publié dans Regards, le journal de la Courneuve, le 31 mai 2011.

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