Soundcloud, les fossoyeurs de Myspace

Alexander Ljung , l’un des deux fondateurs de la plateforme musicale Soundcloud, raconte l’ascension fulgurante de son entreprise basée à Berlin.

Que se passe t-il quand deux geeks férus de musique se rencontrent dans le laboratoire informatique d’une des plus prestigieuses écoles d’ingénieur de Suède ? La réponse tient en dix lettres : Soundcloud. La nouvelle coqueluche des plateformes musicales communautaires lancée en 2007 est aujourd’hui en passe de devenir le successeur du moribond myspace. Le « Flickr de la musique » a déjà conquis déjà 4 millions d’inscrits (3 millions de plus en un an). Essentiellement des musiciens désireux de partager leurs créations. L’interface est simple, claire, conviviale. Représenté par une bande de fréquence, le lecteur audio donne une idée de la colonne vertébrale du morceau téléchargé. Cerise sur le gâteau, la possibilité de déposer des commentaires sur le spectre sonore à la seconde près dans un ourlet inférieur. Les deux fondateurs se sont rencontrés en 2005 sur les bancs de l’Institut royal de technologie de Stockholm. Eric Wahlforss, 31 ans, a fait ses armes dans la musique électronique sous le pseudo Forss en 2003 (sorties sur Sonar Collectiv) avant de bosser en tant que designer d’interaction pour Gate5 (racheté par Nokia). Diplômé en interaction humain-machine (IHM), Alexander Ljung, 29 ans, a fait de l’illustration sonore et composé la musique de films d’animation.

Vous l’aurez compris, nos deux compères partagent une double passion : l’informatique et la musique. Et la volonté de révolutionner le web social. « On réfléchi à des outils fun, simples et efficaces pour les producteurs de musique. On en avait assez de s’envoyer des fichiers par ordinateurs interposés pour obtenir des retours sur nos morceaux », se souvient Alexander qui a réfléchi à un business model qui brille par sa simplicité. Zéro publicité, des comptes gratuits, mais aussi et surtout des comptes payants qui offrent des fonctionnalités supplémentaires à l’origine de la totalité des recettes. « Tout ce qui avait été fait sur le net avait toujours été tourné vers le consommateur, mais il n’y avait rien pour les créateurs de musique. Il y avait déjà de formidables plateformes d’échange pour la photo ou la vidéo, mais pas pour le son. On désirait partager du son avec d’autres personnes, avec d’autres sites comme Twitter ou Facebook, mais aussi avec des applications iPhone par exemple », raconte Alexander qui décide de transposer le modèle Flickr à l’univers de la musique. « Flickr a changé ma manière d’appréhender la photo. Avant Flickr, je prenais des photos et je les stockais. Avec Flickr, c’est devenu tellement simple de les partager que l’acte même de partager est devenu plus important que de prendre des photos ».

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Les deux hommes ont compris avant l’heure que la production musicale était en train de se démocratiser, que le désir de créer, de partager son art prenait aujourd’hui l’ascendant sur les hypothétiques plans de carrière artistiques. « On a longtemps considéré que la création musicale était l’apanage des professionnels. Grâce aux nouveaux logiciels de création musicale actuels, un nombre croissant de personnes s’impliquent dans la production musicale », certifie Alexander. Ce n’est donc pas une coïncidence si nos deux amis ont installé le siège de leur société à Berlin, à la croisée de la création artistique et de l’innovation technologique. Une destination d’autant plus pertinente sur le plan musical pour les deux entrepreneurs, car là bas plus qu’ailleurs, les acteurs de la musique électronique rivalisent d’audace et d’imagination pour réussir à vivre de leur art. Des artistes en quête perpétuelle de nouveaux outils, de nouveaux logiciels pour franchir des paliers technologiques, et donner ainsi libre cours à leur créativité débordante. Et c’est justement cette émulation artistique et technologique qui a participé à l’éclosion d’entreprises berlinoises symboles de la vitalité de l’industrie musicale du futur, à l’instar de Native Instruments ou d’Ableton. « J’ai l’intuition que Berlin va devenir destination privilégiée pour les entrepreneurs. Il y a une forte culture d’entreprise. Tout va très vite, dans toutes les directions. Tout le monde a l’impression que c’est la bonne direction mais personne ne sait où cela va mener », s’enthousiasme Alexander. Mais Berlin, c’est aussi l’eldorado de la fête, le paradis des tentations. Ce qui fait dire à notre ami que cette ville nécessite un surcroît de discipline. « A Stockholm, il y a tout un tas de règles qui te disent comment te comporter, comme par exemple les horaires de travail. A Berlin, tu peux faire ce que tu veux, tout le monde s’en fout. Or, si la ville ne te fixe pas de règles, c’est à toi de te les fixer par toi- même. Voilà pourquoi c’est si facile de se laisser aller à rien faire ici. Berlin est une ville idéale pour les flemmards. » Quand on observe la trajectoire exponentielle et la puissance d’innovation de Soundcloud (notamment le tout nouveau la plateforme sociale SoundCloud Labs destinée aux développeurs), on se dit que nos deux entrepreneurs ne sont pas près de succomber aux sirènes de la flemme.

Julien Moschetti

Mai 2011. Non publié.

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