L’handicap est une force

La deuxième édition du meeting international d’athlétisme handisport de Paris Seine-Saint-Denis s’est déroulée au stade Marville le 22 mai. L’occasion de réfléchir sur l’handicap.

Plus de 150 athlètes handisports issus de 12 pays différents étaient réunis au stade Marville le 22 mai. Objectif, réaliser les minimas à l’approche des championnats du monde du Comité Paralympique international (IPC) de Lyon, du 19 au 28 juillet. L’affiche du meeting annonçait la couleur. Au centre de l’image, la Française Marie-Amélie Le Fur, médaillée d’or sur 100m et d’argent sur 200 m au Jeux paralympiques de Londres. A ses côtés, deux athlètes handisports français déguisés en super héros. Arnaud Assoumani, vice-champion paralympique de saut en longueur et triple saut, porte une prothèse de bras prolongée de griffes métalliques, façon Wolverine des X-Men. Quant à Trésor Makunda, quadruple médaillé paralympique sur 100, 200 et 400 m, ses lunettes de soleil traversées par un rayon lazer rouge font penser à un deuxième personnage des X-Men : Cyclope. Le message de l’affiche est clair : l’handicap peut devenir une force. Une philosophie partagée par Marie-Amélie Le Fur à l’issue de sa victoire en 200 m face à des valides, en 27’87. « Aujourd’hui, je termine loin devant les valides. L’handicap n’est pas forcément une faiblesse, c’est aussi notre force de vivre et notre vécu qui font la différence ». Et l’athlète amputée sous le genou gauche en 2004 après un accident de la route d’ajouter : « Les non valides ont une vision différente de la vie. Ils ont la volonté de se battre pour se relever, ils aiment repousser leurs limites. »

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Photo : karlequin

Tout se passe en effet comme si les coups du sort de la vie avaient donné un surcroit de rage de vaincre à ces sportifs. « J’ai l’impression que mon handicap a renforcé mon instinct de compétition, dans le cadre du sport, mais aussi au travail, complète Hamid Saaidi, un Français d‘origine marocaine en lice sur le 400 m. Ancien recordman junior du Maroc du 800 m et du 1500 m, il perd la jambe dans un accident en 1993. C’est la descente aux enfers. Il patientera jusqu’en 2004 pour obtenir la prothèse de ses rêves, et reprendre le sport. Aujourd’hui recordman du 1500 m handisport, il se lance un nouveau challenge à 37 ans : remporter la médaille d’or en 400m, lors des jeux paralympiques de Rio de Janeiro de 2016, comme Oscar Pistorius, l’illustre champion sud-africain. « Le sport devrait être obligatoire pour les handicapés, poursuit Hamid. Le sport a facilité mon intégration, m’a redonné de l’espoir. J’ai désormais une vie normale. Plus que normale même, je me sens mieux que les valides. » Grâce au sport, les non valides parviennent à se « normaliser ». L’handicap n’est plus ressenti comme un poids. Au contraire, il fait partie intégrante de l’exploit sportif. Il est là pour rappeler la valeur de la performance réalisée. Le dépassement de l’handicap débouche en effet sur un puissant sentiment de fierté.

A travers le sport, les non valides développent une nouvelle image d’eux-mêmes. A l’instar d’Alain Akakpo, 4ème au saut en longueur au JO paralympiques de Londres, qui s’est petit à petit affranchi du regard des autres. « Au début, j’avais l’impression que les gens me regardaient en permanence, se souvient l’ancien parachutiste qui a perdu le bras en 2004 en raison d’une grenade défectueuse. Je redoutais l’arrivée de l’été, je ne voulais pas découvrir mon bras. Le sport m’a poussé à m’exposer, à montrer mon handicap. Aujourd’hui, je peints ma prothèse quand je participe à des meetings. C’est devenu un accessoire de mode. L’athlétisme m’a aidé à accepter mon handicap pour le transformer en force. » Comme l’écrivait le philosophe allemand Friedrich Nietzsche « tout ce qui ne tue pas rend plus fort ».

Julien Moschetti

Publié dans Regards, le journal de La Courneuve, le 6 juin 2013.

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