Mohamed Abdouradjack, ouvrier chevronné et inquiet

Employé chez PSA Peugeot Citroën à Aulnay-sous-Bois depuis 1992, ce Courneuvien a suivi de près les rumeurs de fermeture du site.

Année 1991 : Mohammed quitte son Inde natale pour prêter main-forte à son père, esseulé dans un foyer de Villiers-le-Bel. Le choc culturel est à la hauteur des vingt-huit premières années de sa vie, passées aux côtés de sa mère à Pondichéry* : « Les mentalités et la culture sont complètement différentes. C’était difficile, au début, notamment le climat. Il suffisait d’un courant d’air pour que je tombe malade. » Mais l’homme s’adapte vite. Intérimaire durant un an sur la chaîne de montage de PSA, à Aulnay-sous-Bois, il retourne en Inde pour se marier après son service militaire. De retour en France, un an plus tard, il retrouve son emploi chez PSA. Dix ans de chaîne lui auront permis d’observer de près la restructuration du site. « Ils ont d’abord supprimé une chaîne de montage, puis l’équipe de nuit de la chaîne restante, explique Mohammed. Officiellement, ils ne veulent pas fermer le site d’Aulnay, mais on a le sentiment qu’ils font tout pour. On attend l’élection présidentielle pour connaître notre sort. 3 300 emplois sont concernés. Ça fait environ 10 000 familles, si on tient compte des fournisseurs, des intérimaires et des équipes de nettoyage. »

Mohamed Abdouradjack, employŽ chez PSA

Photo : Virginie Salot

Malgré l’épée de Damoclès suspendue au-dessus de la tête des salariés, l’ambiance de travail est toujours aussi chaleureuse : « J’ai beaucoup d’amis dans l’usine. Toutes les nationalités sont présentes. On rigole bien. C’est un peu comme une famille. » Aujourd’hui cariste, Mohammed a une vision amère de son ancien poste : « 300 employés de l’usine sont devenus handicapés. Beaucoup d’accidents du travail ne sont pas déclarés pour éviter une prise en charge à 100 %. Je sais qu’un jour ou l’autre, j’aurai des séquelles. Je serais mort, aujourd’hui, si j’étais resté sur la chaîne. » Pour autant, les conditions de travail se sont nettement améliorées depuis les six semaines de grève en 2007. « Avant, c’était Guantánamo ! Quand une panne survenait à 10h30, on nous obligeait à aller manger à 11h. Depuis la grève, nos supérieurs nous respectent plus. On a regagné notre dignité et notre liberté. La fraternité existait déjà entre nous. Il ne reste plus que l’égalité ! » conclut avec humour Mohammed.

Julien Moschetti

* Plusieurs milliers de Pondichériens ont eu la possibilité d’opter pour la nationalité française en 1963.

Publié dans Regards, le journal de La Courneuve, le 29 mars 2012.

Laisser un commentaire