« Montrer la créativité des artistes du 93 »

Dans 93 la belle rebelle, Jean-Pierre Thorn livre un récit politisé du département à travers les mots de ses musiciens, de Marc Perrone à Dee Nasty, en passant par les Bérurier Noir ou Casey.

Regards : Comment ce projet est né ?
Jean-Pierre Thorn : On parle un peu trop de la Seine-Saint-Denis pour la dénigrer. J’avais envie de prendre le contre-pied de ces images de stigmatisation pour montrer la puissance, la créativité et l’inventivité des artistes du 93. Je voulais redonner de la fierté à ces territoires, redonner la parole à ces artistes en résistance par rapport au formatage des esprits par les médias qui veulent faire croire que cette jeunesse ne vaut rien. J’en ai assez d’entendre ces discours larmoyants sur la banlieue, marre de ce pays qui ne respecte pas sa jeunesse. On ne construit pas l’avenir en crachant sur sa jeunesse

R.: Pourquoi avoir choisi le 93 ?
J.-P. T. : J’aime les gens du 93. Ils sont simples et vrais. Rien à voir avec les bobos parisiens. Avant de les filmer, il faut les aimer. Ce sont des bosseurs qui ont vécu tous les cataclysmes du système. Leurs enfants essayent aujourd’hui de résister, de mettre des mots sur leur oppression. Les paroles de Casey résonnent étonnamment avec le contexte actuel : « J’habite au loin, en zone urbaine / Inutile d’en rajouter j’ai déjà purgé ma peine » ( ndlr. morceau « Purgé ma peine » ).

R. : Plusieurs extraits de discours de politiques émaillent votre documentaire…
J.-P. T. : On voit en effet la dégradation du discours politique, de Chirac à Chevènement, en passant par Sarkozy. On dirait que la seule réponse de l’État, c’est le bâton, le dénigrement, l’expulsion. Les émeutes de 2005 ne sont pas surprenantes. C’est inscrit dans la suite logique de ce qui débute en 1963 avec la répression du concert anniversaire du magazine « Salut les Copains » ! À l’époque, la grande presse titra : « Salut les Voyous ! », évoquait « les barbares (…) saccagent l’avenir de la nation ». Avec cet extrait, j’ai voulu remettre en perspective ce qui se passe en France où la situation se dégrade depuis la guerre d’Algérie. Le système transforme sa jeunesse en ennemi de l’intérieur.

Propos recueillis par Julien Moschetti

Publié dans Regards, le journal de La Courneuve, le 10 février 2011.

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