Plus loin, moins vite, plus bondé

Le prolongement du tramway T1 modifie les conditions de transport des Courneuviens. Pas uniquement en bien.

« Autrefois, je mettais une heure quinze pour me rendre sur mon lieu de travail à Gennevilliers. Je prenais la 7, la 4 et le RER C. Ça me prend maintenant trente-cinq minutes. » Le prolongement du T1 sur 4,9 kilomètres est une aubaine pour Annie. Depuis le 15 novembre, dix stations supplémentaires ont en effet vu le jour en direction de l’ouest, entre la gare de Saint-Denis et Les Courtilles dans les Hauts-de-Seine. Si bien que notre Courneuvienne de 34 ans n’est plus contrainte de passer par Paris : « Je rentre à l’intérieur du tramway et je ne bouge plus jusqu’à l’arrivée, se réjouit Annie. C’est plus agréable, d’autant plus qu’on voit le jour du début à la fin. » Un constat partagé par Marjolaine, une Gennevilloise de 25 ans qui travaille à La Courneuve : « On n’est pas enfermé sous terre comme dans le métro. Ça permet aussi d’éviter le RER qui avait régulièrement des retards. »

Prolongement du Tram

Photo : Virginie Salot

Le tableau est un peu moins rose pour Marie-José, 58 ans. Trois fois par semaine, elle prend le tram à la station Hôtel-de-ville pour se rendre à Bobigny : « Depuis le prolongement du T1, je mets quinze minutes de plus pour faire le même trajet. La fréquence des trams n’est plus la même, les rames sont de plus en plus bondées. On se retrouve entassés les uns sur les autres. C’est à la limite du supportable. Je suis régulièrement obligée d’attendre le tram suivant. » Un employé de la RATP croisé en train de compter place du 8-Mai-1945 a déjà dénombré 240 passagers par rame, un nombre bien au-delà des limites sécuritaires de 178 personnes. La dégradation des conditions de transport serait-elle le revers de la médaille du prolongement ? Depuis la mise en service du tram en 1992, Annick, une Courneuvienne de 48 ans, a constaté que « le temps d’attente entre chaque tram a augmenté à chaque nouveau prolongement. Tout a commencé avec l’extension jusqu’à Noisy-le-Sec (en 2003, ndlr). »

C’est la raison pour laquelle la CGT-RATP a lancé un appel à la grève le jour de l’inauguration du prolongement du T1. « Les rames datent des années 1990, les portes sont trop étroites, les échanges de flux difficiles à chaque arrêt, déplore Alain Sutour, secrétaire syndical de la CGT-RATP bus. Il faudrait du nouveau matériel, plus de rames et plus de machinistes pour permettre une meilleure régularité et des conditions de transport correctes. » En juin dernier, les maires des villes traversées par les trams écrivaient au STIF pour l’alerter de la viabilité de l’exploitation de la ligne, réclamant notamment des rames plus spacieuses et plus confortables. Un raz-le-bol confirmé sur le terrain par un conducteur du T1 : « Le nombre de passagers a augmenté depuis le prolongement du T1, mais pas celui des rames. On est soi-disant à une fréquence de 4 minutes en heure de pointe, mais on va parfois jusqu’à 8. Les trams sont déjà pleins quand on arrive à Saint-Denis venant de Gennevilliers. Vous imaginez la suite… Un film d’horreur… On demande à la RATP un renouvellement du matériel et des rames plus grandes. » Seul hic, le coût, d’autant que le changement des rames entraînerait une refonte des quais. Trop cher pour la RATP. Conclusion du conducteur : « On n’aurait jamais eu ce genre de problèmes à Paris. Dans les quartiers populaires, on est toujours les derniers servis. »

Julien Moschetti

Publié dans Regards, le journal de La Courneuve, le 6 décembre 2012.

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