Prisque NKuni, ou le don de soi

À 43 ans, l’emblématique présidente de l’Amicale des locataires des ZAC 1 et 2 milite pour le « bien-vivre ensemble ».

Tout a démarré il y a trois ans, avec une main tendue. Plus exactement avec les deux mains et les deux bras du fils de la voisine de palier, venu proposer son aide le jour où Prisque NKuni a emménagé à La Courneuve. De fil en aiguille, la nouvelle arrivante a tissé des liens d’amitié avec ses voisins. « On s’échangeait des épices et des repas. J’allais voir mes voisins pour leur proposer des sorties avec les enfants. Je désirais créer du lien social. » Le lien social, le « bien-vivre ensemble » sont une obsession pour Prisque Nkuni depuis son adolescence béninoise à Cotonou : « Là-bas, il y avait tellement de misère autour de moi. Certaines familles n’avaient pas les moyens d’amener leurs enfants à l’école. Ça me faisait mal au cœur. J’ai décidé de venir en aide à ces enfants. » De cette époque, une image restera « gravée à jamais » dans la mémoire de notre Courneuvienne : un bébé enrobé dans un pagne, abandonné dans la rue. Un enfant sans parents que les sœurs de la Charité recueilleront à la demande de la jeune femme. « Le jour où j’ai rencontré sa mère, j’ai compris que la famille n’avait pas les moyens d’assumer cet enfant », se souvient la quadragénaire avec émotion. Une vocation est née : venir en aide aux plus démunis, aux femmes en difficulté, aux locataires souffrant de mal-logement.

Mme Prisque NKuni

Photo : Virginie Salot

2010 : cette femme de cœur fonde l’Amicale des locataires des ZAC 1 et 2, dont elle est encore aujourd’hui la présidente. Son association défend les intérêts des locataires, qu’il s’agisse de la révision des ascenseurs en panne, du nettoyage des ordures, des demandes de logement pour les familles élargies… Régulièrement, Prisque Nkuni monte des dossiers pour interpeller son bailleur, Plaine Commune Habitat : « Ils sont à l’écoute, mais quand les revendications traînent, il faut leur mettre la pression afin que les choses se fassent en temps et en heure. » Réputée pour ne pas avoir la langue dans sa poche, Prisque a hérité d’un surnom : « On m’appelle «  la grande gueule  ». C’est vrai, il m’arrive de gueuler, mais c’est pour la bonne cause. Il faut en passer par là pour faire valoir nos droits et nos revendications, mais aussi pour faire parler les sans-voix. » Les sans-voix, ce sont notamment les enfants les plus pauvres, pour lesquels l’amicale des locataires organise chaque année un repas de Noël avec distribution de cadeaux. Parce que Noël, « c’est pour tout le monde, pour tous les enfants, toutes les familles ».

Julien Moschetti

Publié dans Regards, le journal de La Courneuve, le 22 novembre 2012

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