Publicité d’antan… …et d’aujourd’hui

Plusieurs publicités murales ont survécu aux épreuves du temps à La Courneuve. Visite guidée.

Levez la tête, ouvrez bien grands vos yeux, et vous découvrirez peut-être, au gré de vos balades courneuviennes, les vestiges d’une époque ensevelie sous les sédiments successifs de la modernité. à l’instar de cette publicité murale datant des années 60, située à proximité de la place du 8-Mai-1945, sur l’avenue Paul-Vaillant-Couturier, au dessus de la banque et de la boulangerie. « Transword Airline, 2 millions de voyageurs », déchiffre-t-on sur ce mur pignon aux couleurs de la compagnie aérienne, aujourd’hui disparue. Une publicité sur la Nationale 2 qui témoigne de l’importance passée de l’aéroport du Bourget qui fut le seul aéroport civil de Paris jusqu’à la construction de son homologue d’Orly dans les années 50. Ces murs peints portent les stigmates publicitaires d’une France oubliée qui succombait, petit à petit, aux sirènes du capitalisme à partir des années 20. Un peu plus loin sur l’avenue Paul-Vaillant-Couturier, direction Aubervilliers, vous apercevez la dernière des publicités murales de la liqueur « Combier » datant des années 50, ainsi qu’une réclame Suze des années 30. Avec un peu de persévérance visuelle, vous remarquerez peut-être les lettres blanches sur fond rouge de la publicité Dubonnet (fin des années 30), l’illustre vin tonique au quinquina, sur le mur d’un bâtiment de la rue de la Convention entre le pont Palmer et la station de tramway « Hôtel de Ville ». Les poteaux, portes et les murs étaient, à l’époque, les supports publicitaires de prédilection. Des peintres équilibristes reproduisaient manuellement sur les murs les dessins des grands noms de l’illustration (Steinlen, Chéret, Mucha, Cassandre, Cappiello, Paul Colin, Loupot, Savignac…).

Suze, Chateauneuf d'Ille et Villaine

Suze, Chateauneuf d’Ille et Villaine (Photo credit: CarolineLD)

« Il y avait des publicités un peu partout, en particulier sur les murs où il y avait du passage. Je me souviens qu’il y en avait beaucoup rue de la Convention ou rue Edgar- Quinet. Il y avait aussi des publicités peintes sur les murs des entreprises », se souvient M. Bost, un Courneuvien de 86 ans. Une publicité murale des années 60 figure d’ailleurs toujours sur le mur du garagiste et réparateur de poids lourds « Nord Paris Diesel », à côté du carrefour des Six- Routes, en face de la grande surface, dans la rue de Saint-Denis. Il faudra attendre la loi du 12 avril 1943 pour ralentir la prolifération des murs peints publicitaires, remplacés peu à peu par des affiches qui connaîtront à leur tour leur âge d’or dans les années 50. Cette loi permet pour la première fois de concilier liberté d’affichage et protection esthétique des villes ou sites et monuments. Les publicités murales disparaissent définitivement avec l’avènement des panneaux d’affichage métalliques 4×3 dans les années 60, des supports métalliques modifiables à l’infini, qui ont l’avantage de résister aux intempéries. La loi de 1979 (cf article ci-dessous) enfoncera le clou.

Julien Moschetti
Publié dans Regards, le journal de La Courneuve, le 5 mai 2011.

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