Les glaneurs

Quand le marché touche à sa fin, les glaneurs de La Courneuve récupèrent les invendus délaissés par les commerçants.

14h, le coup de pistolet résonne dans les oreilles des commerçants qui remballent uns à un leurs stand. Les visiteurs désertent pour laisser la place aux nouveaux maîtres. Une dizaine de glaneurs s’affaire dehors autour du monticule de cageots abandonnés par les marchands. Quelques coups de pied pour défricher le terrain, une main chercheuse pour vérifier le contenu des marchandises, l’autre main sur leur chariot de compétition, les yeux en mode radar pour détecter avant les autres les trésors cachés et les arrivages.

Un homme débarque, dépose deux cagettes remplies de pommes et de poires préalablement triées. Moment de bénédiction pour les habitués qui se ruent sur l’offrande. Dans le chariot d’une dame de 75 ans qui préfère garder l’anonymat, une jolie récolte : oranges, tomates, courgettes, salade etc. « C’est la crise ! J’ai deux hommes à nourrir à la maison : mon gendre et mon fils. Les payes sont trop petites, le loyer exorbitant. Merci au maire qui laisse le marché de La Courneuve ouvert 3 fois par semaine. » Gérant d’une boutique de fruits et légumes, Kari, 45 ans « ne jette pas, ne les donne pas non plus aux Roumains qui fouillent les ordures. à la fin du marché, je fais des tas à 1 euro avec les produits abîmés. Soit je réussis à les vendre, soit je les donne à trois petites vieilles habituées. »

Les glaneurs du marché des 4 routes

Photo : Virginie Salot

N’en déplaise à Kari, le profil des glaneurs ne se résume pas à ce qu’il appelle les « Roms ». Pour preuve, des SDF acceptent de nous dévoiler le contenu de leur sac plastique. Ils confessent venir régulièrement pour trouver de quoi manger. D’autres, comme Joséphine, d’origine africaine, adoptent un rituel qui se rapproche des adeptes de la décroissance. Une fois ses œufs et son kilo de viande achetés sur le marché, elle en a « profité pour faire un tour » pour récupérer des fruits « en très bon état ». « Je ne prends que les fruits de bonne qualité. Je ne vais pas les prendre pour les jeter après. » De temps en temps, cerise sur le gâteau aléatoire, on lui offre du poisson « quand elle pointe le bout de son nez à la dernière minute ». Encore faut-il avoir « la gentillesse de demander ».

Julien Moschetti

Publié dans Regards, le journal de La Courneuve, le 10 février 2011.

Catégories : Crise, Reportage, Société

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