Un instrument pour les fainéants

La société Dualo et ses deux entrepreneurs de la pépinière d’entreprises ont inventé un nouvel instrument de musique avant-gardiste. Les curieux pourront le découvrir le 24 mars, à 15h, à La Traverse.

Jules Hotrique en avait assez de répéter ses gammes avec un trombone, « pas assez intuitif » à son goût. La disposition des notes n’était « pas assez logique » pour cet esprit cartésien, ex-professeur de mathématiques au collège Jean-Moulin d’Aubervilliers. L’instrument idéal n’existait pas. Qu’à cela ne tienne, il allait mettre à profit ses théories scientifiques pour l’inventer. Première étape : potasser des ouvrages de solfège pour s’immerger dans le bain de la musique et confirmer son intuition. Jusqu’à cette nuit de 2007 où il se réveille en sueur avec la conviction d’avoir trouvé l’idée de génie. Eurêka ! Un modèle mathématique basé sur les théories harmoniques est né ! Une nouvelle représentation des notes dans un espace géométrique : le Dualo. « La musique est une discipline mathématique depuis la Grèce antique, explique Jules Hotrique. J’ai modélisé les données importantes de la musique pour que toutes les lois du solfège deviennent des lois géométriques. »

Entreprise Dualo

Photo : Virginie Salot

Le résultat ? Un instrument de musique révolutionnaire, qui n’est pas sans rappeler l’accordéon. Deux claviers en nids d’abeille de part et d’autre de l’engin, une disposition des notes plus naturelle (les unes à côté des autres). Autre avantage du Dualo : sa polyvalence musicale. « Il y a une puce, à l’intérieur, qui intègre tous les sons et permet de jouer tous les instruments, explique Bruno Verbrugghe, le deuxième associé, ancien chercheur à l’Ircam*. Le clavier contient le solfège. On a mis l’accent sur la rapidité de progression et le plaisir de jouer. Plus besoin de bosser ses gammes, on apprend le solfège intuitivement. » Sous chaque touche, des capteurs pour mieux contrôler le son. « On a beaucoup travaillé sur le toucher : le frappé, le caressé, l’effleuré, pour donner un côté plus vivant, plus évolutif au son », affirme Bruno Verbrugghe. Comme sur les iPhone, un accéléromètre détecteur de mouvements modifie les sons quand on bouge l’instrument. Les deux entrepreneurs en sont encore à l’étape de recherche et développement et à la pêche aux financements. Ce qui ne les empêche pas de voir loin : « Le 93 a déjà enfanté plusieurs révolutions musicales. On aimerait bien rencontrer les rappeurs du territoire. On serait heureux de participer à la naissance de nouveaux styles musicaux dans le 93. L’après-rap. » L’appel est lancé !

Julien Moschetti

* Institut de recherche et coordination acoustique/musique.

Publié dans Regards, le journal de La Courneuve, le 1er mars 2012.

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