Un taxi pour La Courneuve

Les taxis seraient-ils frileux lorsqu’il s’agit de se rendre à La Courneuve ? Réponse sur le terrain.

Si l’on excepte les commandes, les taxis parisiens ont-ils tendance à choisir leurs destinations quitte à tirer un trait sur La Courneuve ? La loi française les oblige pourtant à accepter les courses dans leur zone de desserte*, c’est-à-dire Paris intra-muros, les Hauts-de-Seine, le Val-de-Marne et la Seine-Saint-Denis. Seules exceptions à la règle, les communes qui possèdent leur propre service de taxis communaux, ce qui n’est pas le cas de La Courneuve. Pour en avoir le cœur net, je choisissais un lundi matin une borne de taxis en face de la gare du Nord pour simuler une course à destination de La Courneuve. Pour renforcer les réticences éventuelles, je précisais « la cité des 4 000 ». Dix taxis sollicités sur dix ont finalement accepté la course. Le refus de prise en charge en banlieue aurait donc lieu plutôt la nuit. « La nuit, c’est à la tête du client. C’est moins rassurant de se rendre à La Courneuve que sur les Champs-Elysées. Si le mec est saoul et qu’il va en banlieue, je me dis qu’il risque de ne pas payer », me confie Daniel, un chauffeur de taxi.

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Photo : cernIO

Tous redoutent le « taxi basket », ces personnes qui s’enfuient une fois arrivés pour ne pas payer. Pour Djibril, taxi G7, « ce n’est pas un problème de destination, c’est une question de feeling avec la personne. On va privilégier les gens bien habillés. Le seul moment pour refuser, c’est au début. Une fois dans la voiture, c’est lui le chef, vous ne pouvez plus rien faire. Les taxis sont très mal protégés. » Son confrère Hafid évoque « les jeunes qui se reportent sur les taxis quand il n’y a plus de métros ». Il a déjà entendu dire : « on va se faire un taxi ». Le rendez-vous est donc pris la nuit, un mercredi, 22h à Place de Clichy pour un nouveau test, avec une capuche sur la tête afin d’attiser les préjugés. Un taxi sur dix refusera de me prendre à l’annonce de « la cité des 4 000 ». « Si je te dépose, je ne rentre pas dans la cité », tente de négocier le chauffeur avant de s’envoler. Un refus de prise en charge au faciès qui semble être pratique courante pour les courses « destination banlieue », d’après Saïd, taxi de nuit : « Les gens nous demandent de les emmener aux portes parce qu’ils savent qu’on ne va pas en banlieue. Vous vous retrouvez à faire le double du trajet sans savoir où vous allez et vous débarquez dans une cité chaude. Plus la course est longue, plus vous courez le risque de ne pas vous faire payer ». Plus on est sensible aux préjugés, plus on est paralysé par la peur, serait-on tenté de rajouter.

Julien Moschetti
* Le refus de prise en charge est néanmoins autorisé si « le client ou les objets qu’il transporte sont susceptibles de salir ou d’endommager le véhicule », s’il est accompagné d’un animal ( chien d’aveugle excepté ) ou s’il est à moins de 50 m d’une station de taxis.

Publié dans Regards, le journal de La Courneuve, le 24 mars 2011.

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