Walter Thompson, soundpainter et compositeur

Invité d’honneur des master class au CRR 93 en janvier, l’Américain Walter Thompson a inventé le soundpainting dans les années 1970. Ce langage gestuel de composition en temps réel offre au chef d’orchestre ( ndlr : ou soundpainter ) de nouveaux outils pour communiquer avec un ensemble de performers : musiciens, danseurs, comédiens, plasticiens… Tout comme Thompson qui a lui-même étudié la comédie, la danse et les arts visuels.

Walter-Thompson©VS-2

Photos et montage : Virginie Salot

« J’ai inventé le soundpainting en 1974 à Woodstock. Je répétais avec un orchestre de 25 musiciens et 7 danseurs qui devaient improviser sur la musique. Mais certains artistes ne respectaient pas les règles à l’intérieur des fenêtres d’improvisation. C’est à ce moment précis qu’est venue l’idée d’utiliser des gestes à la place des mots, de compléter la partition par des signes. Un geste est plus universel qu’un mot, il parle à tout le monde : les musiciens professionnels ou amateurs, les comédiens, les danseurs, les clowns, les mimes, les enfants, les handicapés… Le soundpainting n’est pas un style de composition, c’est un langage qui permet à chacun d’exprimer sa créativité, peu importe son domaine. Je suis à la recherche de la personnalité artistique de chacun. Je suis convaincu que tout le monde est un artiste en puissance. Je me rappelle Émilie, une clarinettiste de 11 ans qui étudiait le soundpainting depuis quatre ans. Je lui ai demandé de rejoindre mon orchestre à New York durant une année. Elle avait un niveau honorable en clarinette. En soundpainting, elle était tout simplement extraordinaire ! Grâce au langage, elle pouvait aller au-delà de la musique, utiliser les mouvements de son corps, jouer avec le public… Cette technique permet de révéler ce qu’on ne réussit pas à exprimer d’ordinaire, notamment la dimension pluridisciplinaire d’une performance. Le musicien devient acteur, l’acteur devient danseur, le danseur devient musicien. Le soundpainter ne donne pas d’ordres, il indique juste le paramètre d’expression. Le performer suit le paramètre, mais reste libre de s’exprimer comme il l’entend dans la fenêtre de ce paramètre. Il est au cœur du processus créatif.

Aller au-delà de la musique

Je forme aujourd’hui des étudiants et des professeurs de soundpainting dans le monde entier. La France est le pays qui compte le plus de soundpainters. En partie parce que ma mère est française, mais surtout parce que le premier élève que j’ai formé, il y a quinze ans, est un Français : le saxophoniste et compositeur François Jeanneau. Il a fait beaucoup pour populariser cette technique dans l’Hexagone. En 1998, il m’a proposé d’animer un stage d’une semaine dans le plus grand conservatoire de France, le Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris ( CNSMDP ). Je donne désormais régulièrement des concerts de soundpainting en France, comme à La Courneuve en janvier dernier. Lors du concert de restitution à la fin du stage, le troisième jour, Joseph Grau et Étienne Rolin ont interprété en solistes un double concerto, accompagnés par des professeurs et des étudiants. À l’issue de la performance, un professeur racontait : « C’était extraordinaire de jouer avec des élèves, d’entendre des enfants de 12 ans réagir aussi vite que nous, et parfois même plus vite. L’apprentissage du soundpainting est en effet très rapide. Deux heures suffisent pour maîtriser les signes de base. Je ne connais pas d’autre langage éducatif capable de permettre à des personnes d’horizons différents de travailler ensemble et de révéler leur potentiel artistique sans barrières. Dans cinq cents ans, j’espère que le soundpainting se sera suffisamment établi pour que tous les enfants puissent le pratiquer dès le plus jeune âge. C’est un langage extraordinaire pour aider chacun à développer sa propre créativité. »

Propos recueillis par Julien Moschetti

Publié dans Regards, le journal de La Courneuve, le 14 mars 2013.

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