Au bord du monde

Sorti en salles en janvier 2014, le documentaire sur les sans-abris de Claus Drexel donne à la misère un nouveau visage.

Durant un an, Claus Drexel est parti, la nuit tombée, à la découverte des sans-abris parisiens. Objectif de la démarche du réalisateur : « Donner la parole à ceux que l’on n’entend jamais, ces fantômes qui hantent les trottoirs de la ville et les couloirs du métro, omniprésents mais invisibles aux yeux de celui qui passe sans s’arrêter. » Le parti pris d’Au bord du monde, mettre en miroir, grâce aux magnifiques images du photographe Sylvain Leser, l’insolente magnificence de la Cité d’Or et la simplicité des laisser pour compte de notre société. Le paradis côtoie l’enfer, à la recherche de la lumière dans les bas-fonds de la misère humaine. Des témoignages empreints de désespoir et de fatalisme. « C’est comme si les autorités nous donnaient comme perdus. (…). Le pire, c’est la non-réponse au problème qui nous maintient ici », regrette Christine, blottie sous sa couverture thermique.

clausdrexel

Photo : Aramis films

Dans la bouche d’autres sans-abris, les éclairs de lucidité sont annonciateurs de déclin : « L’Homme régresse, il retourne dans son passé. Y a que la technologie qui progresse. Un jour ou l’autre, tout va être moderne, mais l’être humain sera préhistorique. Bientôt, on va se retrouver au temps de Louis XIV où les riches jetaient du poulet par les balcons tandis que le peuple s’entretuait ». Et, quand l’espoir vous tourne le dos depuis trop longtemps, surgissent des lueurs d’optimisme quasi vitales : « J’ai l’impression d’être un milieu de l’océan, qu’on me tire par le fond. Mais l’important, c’est de ne jamais perdre le sourire », confie Michel. Une leçon de vie forgée dans la détresse humaine qui sonne comme une mise en garde glaciale face à monde rongé à petit feu par sa frénésie consumériste.

 Julien Moschetti

Publié dans Regards, le journal de La Courneuve, le 23 octobre 2013.

 

Laisser un commentaire