Clément Dazin, jongleur

Diplômé du prestigieux Centre national des arts du cirque (Cnac), Clément Dazin, 31 ans, présente son premier spectacle de jonglage solo le 12 avril, lors de la 7e édition du festival Rencontres des jonglages. Bruit de couloir est un numéro volant non-identifié au carrefour du jonglage, de la danse contemporaine et du hip-hop. Une approche pluridisciplinaire que l’on retrouvera aussi dans son prochain spectacle, Aire de jeux, conçu avec la danseuse Chinatsu Kosakatani, et au programme du prochain festival d’Avignon.

« J’ai fait partie d’un club de gymnastique lorsque j’avais entre 6 à 13 ans, mais j’ai préféré arrêter car je n’avais pas l’esprit de compétition. L’histoire a vraiment démarré le jour où une copine de classe de seconde m’a proposé de rejoindre la compagnie de cirque amateur Point Bar. Ça m’a tout de suite branché. J’avais déjà expérimenté à ma manière l’art du mouvement et les acrobaties en faisant du freestyle avec mon VTT, mais aussi du roller, du skateboard et du snakeboard. J’ai tout de suite accroché avec le cirque. Contrairement à la gym qui était un peu trop « militaire » à mon goût, l’art du cirque me semblait plus libre. Mais c’est aussi le côté pluridisciplinaire qui m’a séduit. J’avais tout à coup la possibilité de mélanger les arts, en introduisant par exemple la danse hip-hop qui me fascinait.

Clement-Bazin_1©VS

Photo et montage : Virginie Salot

Je suis resté six ans dans la compagnie Point Bar. Je me suis exercé à la danse et aux acrobaties, mais aussi aux passings, ces figures de jonglerie qui impliquent plusieurs personnes. Je jonglais principalement avec les massues, puis je suis passé aux balles lorsque j’ai intégré le Cnac. C’est a cette époque que j’ai crée ma propre gestuelle. Des axes de mise en scène sont également apparus, comme le couloir de lumière que l’on retrouve dans Bruit de couloir. Cette mise en scène minimaliste m’a donné l’idée d’évoquer les différentes phases de la vie d’un homme à travers le jonglage. Ce couloir de lumière me faisait penser aux expériences de mort imminente ces « visions » consécutives à une mort clinique ou à un coma avancé. J’ai imaginé une personne dans le « couloir de la mort » qui repense à sa vie sous forme de miniflash-backs. Pour symboliser la vieillesse, j’ai eu l’idée de marcher au ralenti dans un carré de lumière. On entend la voix off de ma grand-mère dire : « ça pourrait durer comme ça indéfiniment » dans le même esprit que la chanson Les Vieux de Jacques Brel : « Les vieux ne bougent plus, leurs gestes ont trop de rides, leur monde est trop petit / Du lit à la fenêtre, puis du lit au fauteuil et puis du lit au lit ».

« Privilégier la transmission des émotions et la communion avec le public »

Pour donner un rythme spécifique à chaque étape de la vie dans mon spectacle, j’ai travaillé les gestuelles avec le chorégraphe AragoRn Boulanger. Des ralentis donc, car les personnes âgées ne peuvent pas aller plus vite que la musique. Elles s’efforcent de faire les mouvements les plus justes possibles pour économiser de l’énergie. La technique d’AragoRn Boulanger se rapproche de la méditation. Il me disait « Tu es immobile, dans ta tête aussi tu es immobile, tu ne penses à rien, tu ne bouges pas…  Il fallait ensuite rester immobile quarante-cinq minutes pour ressentir les microsecondes défiler. Je devais me persuader de la vitesse à laquelle je marchais pour mieux l’interpréter sur scène. Le résultat ressemble un peu à du hip-hop : beaucoup de ralentis, beaucoup de mouvements saccadés et syncopés, sans tomber non plus dans une surenchère d’acrobaties. Les performances techniques passent au deuxième plan pour moi. Ce sont la transmission des émotions et la communion avec le public qui priment. »

Propos recueillis pas Julien Moschetti

 

Bruit de couloir, de Clément Dazin

7e édition du festival Rencontres des jonglages

Samedi 12 avril à 19h30

Centre culturel Jean-Houdremont, La Courneuve

Laisser un commentaire