Romain Puértolas, écrivain

Lieutenant de police en disponibilité à la direction centrale des frontières, Romain Puértolas est l’auteur de L’Extraordinaire Voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea, publié aux éditions Le Dilettante. Traduit dans 35 pays, le best-seller retrace l’aventure rocambolesque d’un fakir indien aux quatre coins du globe. Puértolas est devenu l’un des ambassadeurs d’une littérature fantasque et burlesque saupoudrée d’une bonne grosse dose d’humour, à l’image de ses auteurs culte : l’Espagnol Edouardo Mendoza, le Britannique L.C. Tyler ou l’Allemand David Safier. Prochaines étapes : un deuxième roman à paraître en 2015 et la co-signature de l’adaptation du best-seller pour le cinéma.

FG_0703_Portrait_Romainpuertolas-66_lastone

Photo : Fabrice Gaboriau

« La lecture et l’écriture m’ont permis de construire très tôt une deuxième vie virtuelle. J’étais fils unique, c’était donc une nécessité, une question de vie et de mort. La vie normale ne me suffisait pas, j’avais besoin de m’évader, de sortir du quotidien. Grâce à l’écriture, je pouvais vivre dans plusieurs pays, faire plusieurs métiers, vivre mille vies en une seule. Toutes ces choses que je n’aurais pas pu faire dans la vie réelle. Mais il m’a fallu du temps pour trouver un éditeur. J’ai collectionné les lettres de refus durant de nombreuses années. L’Extraordinaire Voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea est mon 8e roman. Je l’ai rédigé sur le chemin du boulot en grande partie. Je prenais le RER A tous les jours de la semaine pour me rendre à la direction centrale de la police des frontières.

J’ai une manière de travailler assez atypique. Je note sur mon smartphone toutes les phrases qui surgissent dans ma tête et je m’envoie des e-mails. Il m’arrive aussi d’écrire lorsque je suis dans la file d’attente à la boulangerie ou encore au supermarché, de griffonner sur des bouts de papier, des post-it, des emballages de chewing-gum… Quand je suis dans le train ou dans l’avion, je sors mon ordinateur portable. Je préfère d’ailleurs écrire en dehors de chez moi. J’ai du mal à me poser à mon bureau devant un ordinateur. En général, je fais plusieurs choses à la fois pour ne pas avoir l’impression de perdre mon temps.

« Les clandestins sont les véritables aventuriers des temps modernes. »

Avant de me mettre en disponibilité, j’étais analyste documentaire spécialisé dans l’immigration irrégulière. Mon travail consistait à vérifier l’authenticité des documents administratifs français et étrangers, notamment les papiers d’identité. J’ai croisé le chemin de nombreux clandestins qui essayaient de traverser la frontière. J’ai donc imaginé dans mon roman une confrontation entre un fakir et des clandestins cachés à l’arrière d’un camion. Une rencontre qui va participer à transformer le fakir de l’intérieur. Mais cette rencontre est aussi une manière de faire passer un message : qu’importe notre lieu de naissance, nous avons toujours les cartes en main pour construire notre futur.

Il ne sert à rien de se réfugier derrière des prétextes : « je suis né en banlieue » ou « je suis noir »… Les Français ont de la chance, un simple visa leur permet de voyager n’importe où dans le monde. D’autres ont simplement eu le malheur de naître dans un pays où il n’est pas possible de voyager. Quand tu es né au Soudan ou en Érythrée, toutes les portes se ferment. Mais certains prennent leur destin en main pour traverser les frontières, parfois au péril de leur vie. Ils quittent leur pays, abandonnent leurs femmes et leurs enfants, sans savoir où ils vont atterrir. Ils traversent la méditerranée sur une pirogue de pacotille, sans l’aide de personne. Ce sont les véritables aventuriers des temps modernes. »

Propos recueillis par Julien Moschetti

Publié dans Regards, le journal de La Courneuve, le 8 mai 2014.

Laisser un commentaire