Moi, bénévole des Restos du coeur

L’hiver est terminé ? Qu’importe. Deux fois par semaine une quinzaine de bénévoles des Restos du cœur de La Courneuve continue à distribuer des repas aux plus nécessiteux. Portrait collectif d’une équipe qui donne son énergie sans compter.

« Ici, au moins, je me lève pour quelque chose. Je me rends utile, j’aide les personnes qui sont dans le besoin. » Depuis cinq ans, Patrick, alias Chouchou, décharge les camions de livraison des Restos du cœur : « On transporte neuf tonnes de nourriture par semaine durant la campagne d’hiver avec mon copain Michel avant la mise en rayons. Quatre fois par semaine en hiver, deux fois par semaine en été. Quand je croise des bénéficiaires, j’essaye de les réconforter. Je leur souris, je discute avec eux. » La profession de Patrick ? Emploi libre service. « Je faisais de la mise en rayons dans les supermarchés. Ça fait six ans que je cherche du travail… À 56 ans, je suis déjà trop vieux sur le marché de l’emploi. »

Comme Patrick, plusieurs bénévoles du centre des Restos du cœur de La Courneuve sont des chômeurs de longue durée. À l’instar de Karima, alias Shakira, une secrétaire de 51 ans qui a rejoint l’équipe il y a un an pour assurer l’accueil : « Qui va embaucher une secrétaire à mon âge ? J’ai 51 ans et je ne parle pas anglais… Quand je vois le sourire sur les visages des bénéficiaires, ça me soulage… Quand quelqu’un part avec un colis, je me dis que j’ai fait une bonne action. Ils me donnent du bonheur. »

Equipe des Restos du Coeur

L’équipe des bénévoles des Restos du coeur. Photo : Virginie Salot

D’autres bénévoles, comme Marie, alias P’tite Marie, 74 ans, ont retrouvé des couleurs aux Restos du cœur : « Je serais mal dans ma peau si le centre fermait. Je me sens bien ici, l’ambiance est bonne. Et puis, je relativise quand j’aide des personnes qui ont plus de difficultés que moi. Ça me donne du courage pour faire face à mes ennuis de santé. Ça me donne la force suffisante pour sauter le mur, aller toujours plus haut ». Même chose pour Laurence, alias la chef, 56 ans, femme au foyer et responsable du centre : « Les Restos du cœur m’ont encouragé à me lever tous les matins, à m’habiller, à prendre soin de moi. Cela m’a permis de retrouver une vie sociale. » Une vie sociale, voire une vie de famille pour certains bénévoles. Comme pour l’étudiante en gestion Aminata, 18 ans, alias Choupette.

Ex-bénéficiaire des Restos du cœur, elle a décidé de passer de l’autre côté de la barrière en janvier dernier : « On m’a aidée, je voulais donc aider à mon tour. Beaucoup de bénévoles sont des retraités, ils avaient besoin de jeunes ! » Et d’ajouter : « La plupart des membres de ma famille sont au Mali. Ici, j’ai rencontré des mamies, des papis ! Quand j’ai des soucis, je me confie à eux. Ils me prennent sous leur aile en quelque sorte. » Un esprit de famille et de solidarité intimement lié aux parcours de vie des bénévoles. Comme s’il était nécessaire d’avoir tutoyé l’enfer pour être capable d’offrir son cœur aux autres.

Julien Moschetti

Publié dans Regards, le journal de La Courneuve, le 19 juin 2014.

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