Au cœur de la Conciergerie

L’opération nationale Les Portes du temps permet de découvrir, tout en s’amusant, le patrimoine français. Reportage à la Conciergerie le 10 juillet.

Assis en cercle dans la salle des Gens d’armes de la Conciergerie, les enfants courneuviens forment une scène éphémère. Au centre, une danseuse entame un ballet d’un autre monde à l’aide de deux cannes de bambou. Les bâtons évoquent tour à tour des béquilles, des fusils, des ailes… Les mouvements de la danseuse épousent les lignes de la salle médiévale composée de quatre « nefs » voutées avec ogives. Une performance féérique conclue par un moment d’échanges entre les enfants et l’animatrice. « On avait l’impression qu’on la portait », lance un enfant. « La danseuse avait des sortes d’ailes », remarque un autre.

Une fois le brainstorming terminé, la jeune femme rebondit sur l’histoire de la Conciergerie. La salle des Gens d’armes était un réfectoire « où 500 soldats pouvaient manger en même temps. Le roi habitait au premier étage ». De fil en aiguille, les animateurs retracent l’histoire du lieu : transformation de la demeure royale en Palais de justice et en prison­ au XIVe siècle, Tribunal révolutionnaire où comparaîtront notamment Marie-Antoinette et Robespierre…

Et d’évoquer entre deux performances, la Révolution, la Terreur, la guillotine. « Les animations artistiques permettent aux enfants de découvrir le patrimoine de manière sensible, assure Martine Valentin du service éducatif de la Conciergerie. C’est une forme inédite de mémorisation. La poésie et l’effet de surprise des performances leur permettent de se cultiver sans s’en rendre compte ».

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Photo : Jasperdo

Pour la dixième année consécutive, l’opération nationale Les Portes du temps sensibilise à l’histoire et au patrimoine les jeunes publics issus en priorités de zones urbaines. Au programme, visites de musées, de monuments historiques ou de sites archéologiques… Ateliers et performances artistiques éveillent la sensibilité et l’imaginaire des enfants tout en leur permettant de s’approprier le patrimoine.

À la fin de la journée, les enfants sont enthousiastes : « C’était miraculeux la façon dont la danseuse apparaissait dans chaque salle ! s’exclame Elodie. Avant d’ajouter : « J’ai appris qu’on tuait les gens à la guillotine, ça allait très vite ! On sentait rien ! Je préfère notre époque, car, autrefois, on se faisait tuer même quand on n’avait rien fait ! » Quant à Maissane, il préférera retenir la différence de traitement des prisonniers : « Ici, on jugeait les gens, mais il fallait avoir de l’argent pour être emprisonné dans les meilleurs cachots ! » Une remarque pertinente et toujours d’actualité !

Julien Moschetti

Publié dans Regards, le journal de La Courneuve, le 4 septembre 2014.

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