« En finir avec l’immunité dont bénéficient les Israéliens »

Un mois après l’entrée en vigueur du cessez-le-feu à Gaza, rencontre avec Jacques Richard, membre de l’association La Courneuve – Palestine.

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Julien Moschetti : Quel regard portez-vous sur le conflit israélo-palestinien ?

Jacques Richard : Nous devons en finir avec l’immunité dont bénéficient les Israéliens. L’inertie des politiques est alarmante. Aucune sanction n’a été prise par la communauté internationale à l’issue des 50 jours d’offensive d’Israël. Pendant ce temps là, la Russie était sanctionnée pour son intervention en Ukraine. Israël ignore les résolutions de l’ONU depuis 1948 et se moque des accords de Genève. L’Union européenne pourrait demander la suspension de l’Accord d’association UE-Israël en raison du non respect des droits de l’homme. Cette suspension déboucherait sur ces sanctions, ce qui permettrait de peser sur les négociations car l’Europe représente 40 % du commerce extérieur d’Israël.

J.M. : Pourquoi votre association a choisi de diffuser les deux documentaires de Stéphane Valentin (Terre de Sumud et Ramallah’s Maradona) et le court métrage de Bernard Mounier, Si eux se taisent, les pierres crieront.

J. R. : Ramallah’s Maradona évoque les conditions d’entraînement de l’équipe palestinienne de football. C’est une manière de montrer comment le sport peut permettre de résister à l’occupation d’Israël, même si c’est loin d’être facile. Je vous rappelle que trois joueurs palestiniens ont été emprisonnés. Si l’un des trois a été relâché, les deux autres sont toujours en prison. Terre de Sumud donne la parole à des Palestiniens qui font face malgré tout. Certains disent : « Nous n’avons pas besoin de la charité d’Israël, nous pouvons nous en sortir seuls. A une seule condition : que nous puissions profiter de nos propres matières premières. » Les gens ont l’habitude de penser que le conflit israélo-palestinien est essentiellement lié à des raisons religieuses. Ces documentaires montrent d’autres visages du conflit : la non acceptation de l’autre et la colonisation à outrance en Cisjordanie. Depuis la levée du blocus à Gaza, on peut transporter des denrées alimentaires, mais en aucun cas du ciment. Le cessez-le-feu n’a pas été suivi de reconstructions. L’offensive militaire d’Israël contre Gaza était un écran de fumée destiné à perpétuer la politique de colonisation. Les Israéliens ont continué à construire tout au long de l’opération «Bordure protectrice». Dès le 27 août, soit dès le lendemain du cessez le feu, Benyamin Netanyahou réquisitionnait 400 hectares de terrain près de Bethléem.

J.M. : Comment les citoyens peuvent aujourd’hui influer à leur manière sur la politique d’Israël ?

J. R. : Il existe de nombreux moyens d’action. A l’image du boycott qui est selon moi l’une des meilleures armes pour contrer la politique d’Israël. La campagne BDS (Boycott Désinvestissement Sanctions) commence à porter ses fruits. Des collectifs d’associations font également pression sur les entreprises. A l’instar d’Orange qui a noué un partenariat avec la société israélienne Partner Communications qui opère dans les territoires occupés de Cisjordanie. On pourrait aussi imaginer que toutes les villes françaises jumelées avec la Palestine – soit plus de 75 villes se regroupent pour faire pression sur l’Etat français. Plus les citoyens se mobiliseront, plus les politiques seront contraints d’agir.

Propos recueillis par Julien Moschetti le 18 septembre 2014.

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