Big Brother est américain

« Qui gouverne Internet ? » Le rédacteur en chef adjoint d’Alternatives économiques, Marc Chevallier, a tenté de répondre à la question lors de la deuxième conférence-débat du 4e cycle de l’Université citoyenne courneuvienne (UCC), le 22 octobre.

« Internet est souvent perçu comme un vaste espace de liberté. Cela correspond peut-être à l’idéal de ses fondateurs qui désiraient créer des espaces de rencontres pour que les intervenants, les vendeurs et les acheteurs interagissent sans intermédiaires. Mais c’est tout le contraire qui s’est passé. On a assisté à l’émergence de nouveaux intermédiaires. » En guise d’introduction, Marc Chevallier écorne le mythe de l’Internet libertaire. Selon lui, une poignée d’acteurs (Apple, Facebook, Amazon, Microsoft…) serait en train de prendre le contrôle de la toile. Et de dresser le palmarès des géants du numérique en 2012. Apple arrive en première position avec 483 milliards de dollars de capitalisation boursière. Suivent Google et Microsoft… Sept groupes américains, deux chinois et un japonais sont dans le top 10. Pas une seule entreprise européenne !

La force des États-Unis selon le journaliste ? Les capacités d’innovation de la Silicon Valley, les facilités de financement des entreprises, mais aussi leur marché intérieur « qui permet d’atteindre très vite une taille critique, contrairement à l’Europe, confrontée à des marchés fragmentés par une multiplicité de langues et de cultures ». Et de faire également allusion aux pratiques d’optimisation fiscale des géants du Net américains qui mettent en place des montages sophistiqués dans divers paradis fiscaux, ce qui finit par fausser la concurrence. Pour lutter à armes égales, l’Europe monte au créneau et exige une harmonisation des pratiques fiscales. Mais elle devrait aussi « se doter d’une politique de concurrence adaptée aux enjeux du numérique et réussir à se mettre d’accord pour protéger ses données face aux États-Unis ».

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Photo : Green eye

Symbole de cette hyperpuissance américaine sur Internet, l’affaire Prism révélait en effet, en juin 2013, l’espionnage de la Nasa grâce à l’aide des plus grands acteurs du Web (Google, Microsoft, Facebook…). « Les États-Unis pensent que la maîtrise de l’information est le nerf de la guerre, estime Marc Chevallier. Au nom de la lutte contre le terrorisme, le budget du renseignement américain est de 75 milliards de dollars, soit deux fois plus que le budget militaire de la France. » Une puissance de feu qui devrait avoir des conséquences dramatiques sur l’économie européenne et, bien sûr, les libertés individuelles. Car, selon lui, « la loi du pays s’applique de moins en moins sur Internet aux dépens des conditions générales de vente des multinationales ».

Au fond de la salle, une voix d’homme s’élève : « Est-ce que la construction de ces nouvelles normes sur Internet peut façonner notre société ? » Réponse du journaliste d’Alternatives économiques : « Google est régulièrement mis en cause sur la sincérité de ses résultats. D’une certaine manière, ils façonnent notre manière de voir le monde et conditionnent notre regard. » Une chose est sûre, les personnes présentes lors de la conférence regarderont le monde d’une autre manière à l’avenir.

Julien Moschetti

Publié dans Regards, le journal de La Courneuve, le 30 octobre 2014.

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