Guillaume Du Souich, artiste militant

Rencontre de Guillaume Du Souich alias NöusS, 41 ans, artiste militant et co-président de l’association Mouvement de la Paix.

« Ne me dites pas que je suis un plasticien. La plastique, c’est pour les chirurgiens. Pour moi, l’art n’est pas plastique, il est avant tout culturel. Je me vois plutôt comme un « artiviste », un artiste activiste. Quand je présente mon travail, j’aime prendre la parole pour évoquer ma démarche artistique. L’image ne suffit pas. C’est pourquoi je participe à la promotion de concepts culturels, comme la culture de la paix et de la non-violence. J’ai présenté Abolition de la terreur pour soutenir la campagne ICAN ( International Campaign to Abolish Nuclear Weapons ) portée par le Mouvement de la Paix. Cette pétition vise à remettre à l’ordre du jour la question du désarmement nucléaire. Mon œuvre est une métaphore de l’implosion du noyau de notre planète en cas d’explosion nucléaire. J’ai dessiné une planisphère sur une nappe et disposé des ballons remplis de sang sur des points stratégiques ( Paris, Washington, Moscou, Téhéran… ). L’œuvre a fait l’objet d’une performanceà La Sorbonne en 2010. L’explosion des ballons a provoqué des giclées de sang. Je voulais qu’elle prenne aux tripes, qu’elle attrape le spectateur pour lui dire : « Ne te cache pas derrière les mots ou les concepts, il y a une réalité, tu dois te déterminer par rapport à elle, tu ne peux pas rester indifférent. »

Nouss artiste pacifiste

Photo : Virginie Salot

J’espère que la pétition ICAN atteindra 5 à 6 millions de signatures en France. Si 10 % de la population signe, nous aurons en quelque sorte un mandat du peuple pour faire émerger la question du désarmement nucléaire. Nous demandons aussi la création d’une mission interministérielle pour la culture de la paix et la non-violence, ce qui obligera les pouvoirs publics à défendre ces actions au quotidien. Cela devrait d’ailleurs être déjà le cas, puisque la France s’est engagée à baisser les dépenses d’armement. Notre pays a même signé le Traité de non-prolifération nucléaire (TNP) qui lui interdit de moderniser son arsenal nucléaire. Mais cela n’a pas empêché le gouvernement d’inscrire dans la loi de programmation militaire 2014 – 2019 le renouvellement de trois nouveaux sous-marins nucléaires, ainsi que de nouveaux programmes de missiles à longue portée (M52). Nous n’avons pas les moyens de ces investissements en période de crise. C’est la même chose à l’échelle de la planète. Les dépenses militaires mondiales ont quasi doublé en douze ans ( de 850 à 1750 milliards de dollars de 2002 à 2013, ndlr ). On investit une grande partie de la puissance publique dans la construction d’instruments de conflit. Il faudrait au contraire soutenir les institutions internationales pour développer la coopération, sous peine de basculer un jour dans l’horreur. La plupart des pays du monde sont favorables au désarmement nucléaire. À l’exception des cinq pays qui ont le droit de veto au conseil de sécurité de l’ONU ( États-Unis, Russie, Royaume-Uni, Chine et France, ndlr ). La seule façon de sortir de cette impasse serait d’isoler ces nations en faisant passer le message suivant : « ces pays sont des voyous sur le plan international. »

Propos recueillis par Julien Moschetti

Publié dans Regards, le journal de La Courneuve, le 13 novembre 2013.

Laisser un commentaire