La Courneuve en 1914 : la naissance d’une ville

En 1914, La Courneuve est encore un village qui vit principalement de l’agriculture. La Première Guerre mondiale va donner son caractère industriel à la ville.

« Hissé sur sa collinette de Crèvecœur, d’où il regarde Paris avec morgue, ce bourg semble un campagnard qui nargue un citadin, affiche fièrement sa mise paysanne et son accent du terroir. Et n’est-ce pas après tout, pour La Courneuve comme pour son voisin Dugny, une gloire réelle que d’avoir su rester eux-mêmes, c’est-à-dire de simples et bons villages, arrosés par la douce mollette malgré le contact dangereux de l’immense capitale ». En 1908, l’architecte Marius Tranchant dressait le portrait empreint de tendresse d’un village champêtre et bucolique composé de trois hameaux éloignés les uns des autres : Crèvecœur (sud de la gare : rue des Francs-Tireurs, rue Jollois…), Saint-Lucien (autour de l’église éponyme) et la Prévôté (rues Chabrol, Edgar-Quinet et Villot). Peu de pavillons, beaucoup de maisons de culture et de clos de maraîchers ; l’essentiel de l’activité est tournée vers l’agriculture qui devient néanmoins de moins en moins rentable. La Plaine des Vertus, qui approvisionnait quotidiennement Paris en légumes, a amorcé son déclin vers 1860. De nombreux agriculteurs courneuviens décident de changer de métier. Mais c’est aussi la construction de la gare d’Aubervilliers – La Courneuve en 1885 qui donne un coup d’accélérateur à l’urbanisation et l’industrialisation de la ville. De part et d’autre de la ligne de chemin de fer et de la route des Flandres, les parcelles bon marché sont peu à peu prises d’assaut par des entreprises spécialisées dans la métallurgie: Sohier (1887), Babcock (1898), Johnson (1907), Lemerle-Haumont et Garnier (1909), Métayer, Deberny, Bloch & Praeger (1912), Mécano (1914)…

1914_Leader

Le début de la Grande Guerre renforce le phénomène. La production d’armes et de munitions est mise à distance du front pour réduire les risques de destruction. L’industrie courneuvienne participe activement à l’effort de guerre. La plupart des usines en profitent pour se reconvertir dans l’armement. Babcock ouvre un département de chaudière marine pour équiper les bateaux de guerre équipés en turbines Rateau fabriquées par Garnier. Lemerle-Haumont arrête les engrais pour produire des explosifs. Sohier se spécialise dans la fabrication de pièces de grenades et leur assemblage… « Toutes ces entreprises vont se développer à toute vitesse et faire d’énormes bénéfices durant la guerre », souligne l’historien de la ville Jean-Michel Roy. Une mutation accélérée qui a participé à construire l’identité industrielle de la ville. D’après un inventaire réalisé en 1986, 80 % du patrimoine industriel de La Courneuve est antérieur à 1918. Dans le même temps, la ville devient une terre d’accueil pour de nombreux réfugiés en provenance de l’étranger et des régions françaises dévastées par la guerre. Beaucoup venaient de Belgique, du Nord et de l’Est de la France, des régions qui avaient été envahies par les Allemands. Ils ont naturellement emprunté la route des Flandres pour atterrir à La Courneuve, une ville où il y avait du travail. En 1911, La Courneuve comptait 3 000 habitants. En 1921, la population avait quasiment doublé. Le village décrit par Marius Tranchant n’est plus alors qu’un vieux souvenir.

Julien Moschetti

Publié dans Regards, le journal de La Courneuve, le 20/11/2014.

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