Musicothérapie: du mouvement au geste

Un musicothérapeute a choisi la console Wii pour soigner les enfants en difficulté. Décryptage.

C’est l’histoire d’une rencontre entre un ingénieur (Samuel Benveniste) et un psychologue chercheur en musicothérapie (Renaud Michel) qui décident d’unir leurs savoir-faire. Objectif : venir en aide aux enfants présentant une instabilité psychomotrice (impulsivité, déficit d’attention, hyperactivité…). Le projet MAWii (Musicothérapie Active avec la Wii) démarre en 2009. Samuel Benveniste configure la télécommande de la console de jeux Wii (Wiimote). Une interface adaptée à la musicothérapie testée par Renaud Michel auprès d’enfants âgés de 7 à 12 ans*.

Pourquoi la Wii me direz-vous ? Parce qu’il est plus facile pour les enfants de s’approprier une technologie familière. Mais aussi parce que la maniabilité et la « multidimentionnalité » de la Wiimote permettent de moduler les sons à l’infini. Plus besoin de savoir jouer d’un instrument pour s’exprimer. L’enfant agite le « synthétiseur virtuel » dans toutes les directions pour reproduire les sons préenregistrés. Inspirée par les travaux de la musicothérapeute Edith Lecourt, cette méthode de « communication sonore » met l’accent sur les séances d’improvisation en petit groupe pour aider ces enfants impulsifs à rentrer en relation avec les autres.

5357311547_9a8cc49a70_z

Photo : Wolfgang Lonien

« La pratique musicale leur permet de sortir de l’instantanéité en développant d’autres centres d’intérêts, précise Renaud Michel. Ils prennent du plaisir à jouer ensemble sans basculer dans l’excitation débordante. » Mais il y a plus efficace encore que la Wii pour Renaud Michel : les percussions. Car les enfants peuvent frapper vite et fort sans risquer de se faire réprimander. Si bien que l’usage de la force finit par perdre tout son sens. « Quand l’expression des extrêmes devient possible, les nuances et les reliefs prennent forme dans la tête de l’enfant, poursuit Renaud Michel. Il y a désormais du blanc, de l’espace pour donner de la place à l’autre. »

Un déclic psychologique qui correspond au passage du mouvement aux gestes, selon Renaud Michel : « Le mouvement reste à l’état brut, ce n’est pas un choix conscient au service d’une relation. Le geste est plus adapté, plus contextualisé. C’est un signe symbolique qui permet de partager ou de construire avec autrui. Les actions sont désormais anticipées. Or, le propre d’un être humain en bonne santé, c’est d’anticiper ses mouvements pour qu’ils deviennent des gestes socialement adaptés.»

Julien Moschetti

* Les séances de musicothérapie se sont déroulées au Centre Médico Psychologique de la Société Philanthropique et à l’unité pédopsychiatrique René DIATKINE de l’Association de Santé Mentale, entre 2008 et 2010.

Publié dans le magazine Trax, le 5 octobre 2014.

Laisser un commentaire