Retour vers le futur

Trois ans après « Yours and Mine », Steffi sort « Power Of Anonymity » sur Ostgut Ton. Un deuxième album aux accents rétro-futuristes synonyme de nouveau souffle.

C’est en quelque sorte un retour aux sources. Une cure de jouvence bercée par les réminiscences d’un passé enseveli. A quarante ans passés, l’Hollandaise exilée à Berlin était arrivée à la fin d’un cycle : « Quand tu mixes depuis une vingtaine d’années, la routine s’installe.  La boucle était bouclée. Je ressentais le besoin de revenir à mes premiers amours.  » La résidente du Panorama Bar fait référence à ses premiers pas sur la scène électronique à la fin des années 1990. Organisatrice des soirées Elechicks à Amsterdam , Steffi était à l’époque influencée par l’IDM anglaise (Aphex Twin, Boards of Canada, Autechre, The Black Dog…) et l’electro « made in » Detroit (Drexciya, Dopplereffekt…). C’est à cette période qu’elle rencontre Dexter, co-fondateur de son label Klakson en 2000. Quatorze années plus tard, les deux vieux compagnons de route se retrouveront pour la sortie de l’ep « Warme Hap » sur Dolly Dubs. « Cette collaboration a fait resurgir les vibrations du passé. Cela m’a énormément inspiré car j’étais justement à la recherche de l’excitation de mes débuts, quand j’étais  une parfaite inconnue,  quand rien n’avait d’importance, quand le regard des autres n’avait aucun impact sur ma musique. »

Photo : Lisa Swarna Khanna

Photo : Lisa Swarna Khanna

Décidée à faire abstraction du monde extérieur, Steffi s’enferme dans son studio durant une période de deux mois sans accepter la moindre date. « Je voulais retrouver une certaine forme de naïveté, repartir de zéro sans penser à mon premier album. » Le déménagement de son studio permettra de donner corps à ses rêves. Pour la première fois de sa vie, Steffi s’octroie le temps nécessaire pour configurer le studio à sa guise : « Je me suis tout de suite sentie plus libre de mes faits et gestes. J’avais du temps devant moi pour explorer les machines et les effets en profondeur, ce qui renforçait ma créativité. L’inspiration ne venait pas du monde extérieur, mais de l’atmosphère qui régnait dans le studio. J’étais « in the zone» . » Des facultés de concentration insoupçonnées qu’elle aimerait aujourd’hui transmettre aux nouvelles générations élevées dans le culte des smartphones et des réseaux sociaux. « Je vois de plus en plus de jeunes pianoter sur leurs smartphones sur le dancefloor. Ils zappent en permanence d’une réalité à l’autre sans se rendre compte qu’ils perdent le contact avec le moment présent. Il est peut-être temps de définir de nouvelles normes sociales dans les clubs. En s’inspirant par exemple du Berghain où les photos sont interdites. A quand un espace facebook ou twitter dans les clubs ? »

Julien Moschetti

Bonus :

Chronique album « Power Of Anonymity » (OstGut Ton)

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« Yours & Mine » était mâtiné d’influences house early 90’s. Trois ans plus tard, Steffi a puisé son inspiration dans les racines IDM et electro de ses débuts. Un album plus mélancolique donc, mais aussi plus intemporel. Car les souvenirs remontés à la surface ont quelque chose d’impérissable (« Pip », « Power Of Anonymity », « Fine Friend »). Une atmosphère onirique propice à la contemplation entrecoupée de tracks dancefloor toujours aussi suaves et hypnotiques. Même si plusieurs morceaux ont un côté soporifique.

J.M.

Publié dans le magazine Trax en novembre 2014.

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