Véronique Joumard, artiste

Désireuse de valoriser le patrimoine de la ville et de sensibiliser les Courneuviens à l’art contemporain, la municipalité a opté pour le dispositif 1 % artistique pour réhabiliter l’ancienne usine métallurgique Mecano. Une artiste de renommée internationale, Véronique Joumard, 50 ans, a été sélectionnée pour mettre en valeur le bâtiment Mecano. Nous découvrirez bientôt cette œuvre d’art majestueuse qui joue avec la lumière, l’espace et l’énergie.  

« J’ai toujours accordé une attention particulière à l’espace et à l’architecture. Quand j’expose dans une galerie ou un musée, je demande les plans pour me faire une idée des dimensions du lieu, du parcours des visiteurs. Mon travail s’insère toujours dans un environnement, un contexte, une histoire spécifiques. J’ai besoin de visualiser l’espace pour que les idées prennent forme. Je voulais par exemple travailler avec les prismes de verre connus pour donner naissance à des arcs en ciel lorsqu’ils sont traversés par la lumière. C’est finalement l’appel d’offres des vitraux de la cathédrale de Bayeux qui m’a donné l’occasion de concrétiser cette idée. Vient alors la phase de conception dans mon atelier. J’adore ces moments de solitude. J’ai parfois l’impression d’être un enfant qui joue dans sa chambre. Les pensées s’élaborent progressivement, se concrétisent, finissent par sortir de nous-même pour nous émerveiller.

Photo : Virginie Salot

Photo : Virginie Salot

J’aime jouer avec la lumière, c’est le fil conducteur de mon travail. Il y a quelques années, j’ai travaillé sur la refonte du système d’éclairage d’un village de Bourgogne iGuzzini, une entreprise spécialisée dans les systèmes d’éclairage LED. J’avais installé des lumières dans la forêt, aux abords de la route, pour accompagner la promenade des villageois. J’ai de nouveau fait appel à iGuzzini pour le projet Mecano. J’avais remarqué que la façade était orientée sud. J’ai eu l’idée de recouvrir de feuille d’or les lettres Mecano pour valoriser le patrimoine ouvrier de La Courneuve. Cet effet doré réfléchira la lumière du soleil sur la façade tout au long de la journée. La nuit, une série de leds éclairera le lettrage Mecano grâce à l’électricité produite par une éolienne de douze mètres de haut. Enfin, les variations du vent moduleront la luminosité. Les lettres seront très visibles les jours de grand vent, beaucoup moins les nuits calmes. Le bâtiment donnera donc des indications sur la lumière et le vent. Il deviendra aussi je l’espère un signal dans le paysage urbain puisque la partie haute de la façade est visible du RER.

« La lumière est le fil conducteur de mon travail »

J’ai aussi tenu compte de l’histoire et de l’architecture spécifiques du bâtiment. Le maire avait parlé d’un bâtiment emblématique de l’histoire ouvrière de la ville. Comme la Manufacture des œillets située à Ivry-sur-Seine, le bâtiment Mecano a été construit au début du XXème siècle sur le modèle américain de la Daylight Factory. Les patrons s’étaient rendus compte que l’amélioration des conditions de travail renforçait la productivité des ouvriers. Ils ont donc construit de grandes fenêtres pour laisser passer la lumière. L’utilisation de la poussière d’or est donc un hommage à l’histoire ouvrière de la ville. Cela donne également une touche française à cette architecture d’inspiration américaine. Les dorures d’or sont trop souvent réservées aux quartiers prestigieux de Paris, rarement à la banlieue. On retrouve en effet le même type de procédé dans certains quartiers prestigieux de Paris, comme aux Invalides, mais rarement en banlieue. Enfin, l’éolienne est un élément moderne qui reliera l’histoire du bâtiment au temps présent. Reste à savoir comment les habitants s’approprieront l’œuvre dans le futur. Car, elle ne m’appartiendra plus le jour où elle sera terminée »

Propos recueillis par Julien Moschetti

Publié dans Regards, le journal de La Courneuve, le 18 décembre 2015.

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