Alors on chante

Une vingtaine de jeunes participent à la création d’une comédie musicale sur le thème des relations filles/garçons. En point d’orgue, une représentation au centre culturel Jean-Houdremont. Reportage.

J’aurais voulu être un garçon / Pour pouvoir me trouver beau / Sans maquillage sans talons hauts / Et vivre sans oppressions… Sur la scène de l’Espace jeunesse Guy-Môquet, les filles de la comédie musicale interprètent leur version du Blues du businessman de Daniel Balavoine. Quelques minutes plus tôt, les jeunes revisitaient d’autres classiques de la chanson française et américaine : Fais pas ci, fais pas ça de Jacques Dutronc, Hit the Road Jack et son illustre refrain « No more, no more, no more, no more », une chanson de Percy Mayfield, popularisée par Ray Charles. Toutes ces reprises inédites ont été coécrites par les jeunes. Elles formeront l’ossature de la future comédie musicale.

Meyer / Tendance Floue

Meyer / Tendance Floue

« Nous abordons les thématiques liées aux relations filles/garçons : respect, sexisme, prévention en matière de sexualité et de santé, explique Raquel Meneses, la metteuse en scène de l’association Arts Nomades à l’origine du projet. C’est une création collective, on tient compte de la participation des jeunes lors des discussions, des séances d’improvisation et d’écriture. On insère dans les chansons leur vocabulaire, leurs images et leur réalité pour qu’ils s’approprient le projet. » Depuis trois mois, une vingtaine de jeunes de 14 à 20 ans originaires de Seine-Saint-Denis, sélectionnés sur casting, travaillent chaque semaine le chant, la danse et le théâtre à l’antenne jeunesse. Un projet cofinancé par la Ville et l’ARS (Agence régionale de santé).

Programme du jour : cours de chant avec une professionnelle qui a anciennement fréquenté l’antenne jeunesse avec Amel Bent : Jennifer Regent. La séance démarre par des exercices de respiration : « on se dégonfle comme un ballon, on jette son air, on prend, on bloque, on relève le menton, on jette, on va chercher l’air jusqu’au bout même si on pense qu’il n’y en a plus… », conseille Jennifer. Fascinés par la voix et le charisme de la chanteuse, les jeunes semblent envoûtés. Ce qui n’empêche pas les garçons, plus danseurs que chanteurs, de faire les clowns à chaque interruption.

Des ateliers libérateurs

« Focalisez-vous sur l’exercice sans vous occuper des autres », intervient à son tour Raquel Meneses. Quelques secondes plus tard, le résultat est au rendez-vous, même si certains, par timidité sans doute, ont tendance à se mettre en retrait, à se cacher derrière les rideaux de la scène. « Vous voulez chanter sur scène, mais vous vous cachez, c’est contradictoire ! Il va falloir assumer si vous désirez devenir des artistes, il va falloir assumer ! Croyez en ce que vous dites, exprimez votre personnalité, lâchez-vous ! », lance Jennifer. Elle nous confie quelques minutes plus tard : « Le chant, c’est se mettre à nu, tu ne peux pas tricher. C’est une sorte de thérapie. Les enfants timides doivent se faire violence pour trouver le déclic et réussir à s’ouvrir. » Et la thérapie semble fonctionner :

« Je n’osais pas chanter et danser en groupe au début, mais je n’avais pas le choix, alors je me suis lâchée et j’ai gagné en assurance », confie Yasmine, 16 ans, en 2de option théâtre au lycée Jacques-Brel. Même son de cloche du côté de la chanteuse Amélie, plus connue sous le nom de Butterfly : « Quand j’ai démarré le projet, je n’osais pas m’exprimer devant tout le monde. La comédie musicale m’a débloquée. Je serai désormais plus à l’aise sur scène. » Rendez-vous le 3 juillet au centre culturel Jean-Houdremont pour observer le résultat final.

Julien Moschetti

Publié dans Regards, le journal de La Courneuve, le 19 mars 2015.

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