Gilb’R, photographe versatile

Boss du label Versatile, moitié de Chateau Flight avec I:Cube, Gilb’R est une figure de la musique électronique. Mais c’est aussi un photographe hors pair qui a accepté de nous parler de sa deuxième passion.

« J’ai commencé la photographie à l’âge de 11/12 ans. J’ai ensuite fait un long break avant de travailler de manière assidue depuis 5/6 ans. Cela me permet de prendre du recul par rapport aux paillettes du monde de la musique. Et puis, contrairement à la production musicale dont le processus assez laborieux, la photo a un côté très spontané, très instinctif. Mais cela ne veut pas pour autant dire qu’il ne faut pas travailler pour exercer son œil. J’ai donc commencé par prendre des photos de mes proches. Je faisais beaucoup de portraits. C’était en quelque sorte mon journal intime, je documentais ma vie pour garder une trace.

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Photo : Gilbert Cohen

Ce travail m’a permis de prendre confiance tout en progressant sur le plan technique. J’aimerais désormais pousser un peu plus loin la démarche en réalisant des séries photo sur des sujets spécifiques. Je rêverais par exemple de faire un reportage en immersion dans une tribu africaine durant plusieurs mois pour rentrer dans l’intimité des gens. J’adore les clichés qui font ressortir les sentiments des personnes présentes sur la photo. Les photographies documentaires d’August Sander sont un modèle en la matière. J’adore aussi Diane Arbus pour son mélange d’humanité et d’étrangeté. La photo est un dialogue. C’est une relation triangulaire entre le photographe, l’objet photographié et l’appareil. Or, c’est justement ce dialogue qui m’intéresse.

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Photo : Gilbert Cohen

Quand je prends quelqu’un en photo, je révèle ce que les autres veulent bien montrer d’eux-mêmes, mais je révèle aussi quelque chose de moi. Je ne m’en rends pas toujours pas compte sur le moment mais, quand je regarde le cliché après coup, je découvre une partie de moi-même. Je me demande pourquoi la personne avait telle ou telle expression, je réfléchis aussi sur la manière dont je communiquais avec les personnes que j’ai photographié. C’est un processus de transfert similaire dans la psychanalyse. Tu as besoin d’un objet ou d’une tierce personne pour accéder à ton inconscient. Ce n’est pas un travail que tu peux effectuer tout seul. Enfin, je dis ça, mais ce n’est pas parce que je fais régulièrement de la photo que je n’ai besoin d’aller voir un psy ! »

Propos recueillis par Julien Moschetti

https://www.flickr.com/photos/129121108@N05/

versatilerecords.com

Publié dans le magazine Trax en février 2015.

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