Henri Boumandil, défenseur des victimes de l’amiante.

Militant CGT depuis 1956, Henri Boumandil est un dur à cuire, un combattant doté d’un mental d’acier. Monsieur n’est pas du genre à baisser les armes. Ancien électricien de la Compagnie générale d’entreprises électriques (CGEE) aujourd’hui connue sous le nom d’Alstom, il découvre en 1987 qu’il est atteint de plaques pleurales, une maladie évolutive liée à l’inhalation de poussière d’amiante durant sa vie professionnelle. Quinze ans plus tard, sa maladie professionnelle est enfin reconnue par la justice. Mais l’euphorie de la victoire sera de courte durée car une deuxième maladie liée à l’amiante se déclare chez lui en 2006. Dix ans plus tard, à bientôt 84 ans, Henri est toujours en procès avec Alstom. Plus que jamais décidé à aller au bout de son combat, pour montrer la voie aux victimes de l’amiante qu’il accompagne au jour le jour avec l’association Addeva 93.

« On parlait peu d’amiante dans les médias lorsque j’ai fait une demande de reconnaissance de maladie professionnelle en 1987. Je fais partie des premiers électriciens à avoir ouvert la brèche, j’ai donc essuyé les plâtres. Les juges ne comprenaient pas pourquoi j’attaquais Alstom en justice. Les avocats de l’entreprise influençaient le tribunal, les vices de procédure ralentissaient l’action en justice. C’était un peu le pot de terre contre le pot de fer. On me prenait pour un escroc qui voulait arnaquer la Sécurité sociale. Certains médecins experts faisaient volontairement traîner les dossiers, d’autres expédiaient les examens de santé. Mais je ne me suis jamais découragé car j’étais convaincu que la justice finirait par me donner raison. Et j’ai obtenu gain de cause en 2002. Après quinze ans de batailles, Alstom a été condamné pour faute inexcusable.

Photo : Virginie Salot

Photo : Virginie Salot

Quatre ans plus tard, j’ai à nouveau attaqué l’entreprise en justice. Je venais d’apprendre que j’étais atteint d’une deuxième maladie provoquée par l’amiante : l’asbestose. Contrairement aux plaques pleurales qui attaquent uniquement les plèvres, cette pathologie touche les poumons eux-mêmes. La prochaine étape de cette maladie évolutive devrait être le mésothéliome, un cancer qui laisse à peine quelques mois d’espérance de vie. Mais je préfère ne pas y penser. Certes, je suis vite essoufflé, j’ai des difficultés à monter les escaliers, mais je m’estime chanceux. J’ai 83 ans et je suis toujours en bonne santé. Je fais figure d’exemple pour les personnes atteintes de plaques pleurales. Quand elles passent à l’Addeva 93, j’essaye de les rassurer en leur disant : « Regardez-moi, j’ai des plaques pleurales calcifiées depuis 1987, je suis toujours vivant, je n’ai pas l’air abattu ! » J’ajoute, en général, qu’ils ont de la chance que cette maladie soit reconnue comme maladie professionnelle. Ils n’auront en effet pas besoin de prouver leur exposition à l’amiante.

« Je ne me bats pas pour moi, mais pour les victimes de l’amiante »

Mon combat judiciaire actuel est plus difficile. J’ai fourni une trentaine de témoignages qui confirmaient que j’avais travaillé sans protection sur des chantiers remplis  d’amiante. Malgré ces preuves, on refuse toujours de reconnaître ma deuxième maladie professionnelle. Mais je m’accroche car je sais que cela fera jurisprudence si je gagne. Je ne me bats pas pour moi, mais pour toutes les victimes de l’amiante. Pour qu’elles puissent être indemnisées pour chacune de leurs pathologies. En dehors de la procédure, je passe mes journées à aider les victimes de l’amiante à l’Addeva 93. Je ne pourrais pas rester à la maison sans rien faire, je tomberais malade. Je veux me rendre utile, servir à quelqu’un ou à une cause, même si c’est au dépend de ma vie de famille. Quand mes enfants ont atteint la majorité, ils m’ont dit : « Papa, tu as préféré les autres à nous. » Je leur ai répondu : « Je me bagarre pour l’avenir de tous, et vous en faites partie. » J’ai toujours estimé que je ne pouvais pas être heureux si les gens autour de moi étaient malheureux. Je me bagarre au jour le jour contre le malheur et la misère. C’est ce combat face aux injustices qui m’a forgé. Je continuerai ainsi aussi longtemps que je le pourrai.

Propos recueillis par Julien Moschetti

Publié dans Regards, le journal de la Courneuve, le 19 mars 2015.

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