IVG : un droit toujours fragile

Quarante ans après l’entrée en vigueur le 15 janvier 1975 de la loi Veil, l’accès à l’interruption volontaire de grossesse (IVG) est encore difficile en France et en Seine-Saint-Denis.

Publiés en juillet 2014, les résultats de l’enquête du mouvement français pour le planning familial de Seine-Saint-Denis (MFPF 93) sont sans appel. Les délais d’avortement sont toujours trop longs dans le département : 2 à 5 semaines entre le premier contact avec l’établissement de santé et l’intervention, ce qui rend difficile l’obtention d’une IVG lorsqu’une femme se rapproche de la fin du délai légal. Autre problème de taille souligné par l’association ; l’augmentation des délais d’accès aux services IVG : standards téléphoniques surchargés, appels surtaxés, standards vocaux peu informatifs, voire dissuasifs… Au final, 6,5 appels sur 10 n’aboutissent sur aucun rendez-vous.

« L’accès à l’IVG est un véritable parcours du combattant, déplore Gwenaëlle Ferré du MFPF 93. Les femmes doivent faire de nombreuses démarches tout en supportant les leçons de morale de l’entourage qui a tendance à les stigmatiser. » Pour faciliter l’accès aux soins, la ministre des Affaires sociales, de la Santé et des Droits des femmes Marisol Touraine vient d’annoncer une série de mesures. Premièrement, les examens complémentaires (biologie médicale, échographies de datation et de contrôle, consultation du recueil du consentement) seront désormais remboursés à 100 %. Deuxièmement, les sages-femmes seront autorisées à réaliser des IVG médicamenteuses tandis que les médecins des centres de santé suffisamment équipés pourront pratiquer des IVG chirurgicales. Ces mesures devraient permettre de réduire les délais.

Photo :  Luca Mailhol

Photo : Luca Mailhol

Des annonces saluées par Gwenaëlle Ferré qui aimerait désormais que ces paroles se concrétisent en actes : « La ministre avait déjà annoncé en mars 2013  le remboursement de l’avortement, mais de nombreux actes nécessaires à la réalisation de l’IVG ne sont toujours pas remboursés ». Et d’ajouter : « Mais ces mesures sont insuffisantes. Nous demandons l’extension du délai légal d’obtention d’une IVG au-delà de 14 semaines et la suppression de la clause de conscience des médecins qui peuvent toujours refuser de pratiquer des IVG. Il faudrait aussi assouplir le délai légal de réflexion obligatoire de 7 jours entre la consultation et l’intervention. »

Enfin, le problème des délais est encore loin d’être résolu : « Le 93 n’est pas à plaindre par rapport à d’autres départements, mais il reste beaucoup de chemin à faire, observe Gwenaëlle Ferré. La loi HPST (Hôpital, patients, santé, territoires) de 2009 contribue à déstructurer les hôpitaux publics. Cette politique de rentabilité financière nuit à l’accès aux soins. Nous manquons toujours de structures de soins de proximité mais aussi de médecins qui pratiquent l’IVG. » Une série d’obstacles qui empêche encore les femmes d’avorter où et quand elles veulent avec les méthodes qu’elles ont choisi. Quarante ans après la loi Veil…

Julien Moschetti

Publié 5 février 2015 dans Regards, le journal de La Courneuve.

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