Ruddy Descieux, des accords de rêve

Le chanteur et trompettiste dionysien de 32 ans a composé la musique du générique de « Discount », le film de Louis-Julien Petit.

« Mon professeur de conservatoire m’a toujours dit de chanter dans ma trompette. J’ai fini par le prendre au mot ! » Fils d’un trompettiste professionnel, Ruddy Descieux était parti pour suivre la même voie que son père. Conservatoire à l’âge de 6 ans à Garges-lès-Gonesse, déménagement « en 1993 dans le 93 », inscription l’année suivante en classe CHAM à Dugny sur les conseils de Mme Nion, sa « maîtresse » à l’école Jean-Vilar. « C’est à ce moment-là que tout a basculé, analyse avec le recul Ruddy. Je me suis retrouvé entouré de musiciens.Mme Nion a changé ma vie. »

Durant quatre ans, l’artiste en herbe travaille la trompette et le chant. Cours le matin, conservatoire l’après-midi, de la 6e à la 3e. Seul ombre au tableau : la voix de ses petits camarades mue vers les graves tandis que la sienne « reste perchée sur une voix de soprano ». Une période douloureuse : « On se moquait de moi parce que je n’étais pas dans la norme. Je me suis battu pour être moi-même. J’ai fini par comprendre qu’il y avait une partie de moi qui était “à part” et j’ai décidé de cultiver cette différence pour me distinguer des autres. »

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Le tournant intervient à l’adolescence. Conscient de sa « double casquette »musicale, Ruddy prend des cours de chant supplémentaires. « J’avais besoin de remettre en cause la voie qu’on avait tracé pour moi. C’était une manière de sortir de l’ombre de mon père, d’exister différemment. » Le jeune homme ne se cantonne pas à la musique. En 2006, il décide de faire l’ECV (École de communication visuelle) pour perfectionner son trait. C’est à cette époque qu’il écrit les chansons de [XY], un mini-album aux accents pop autoproduit en juin 2012.

« Les instruments étaient le prolongement naturel de ma voix. »

Quelques mois plus tard, il fait ses premiers pas sur scène, « se confronte pour la première fois au regard des gens, enfin, à leur oreille ! ». Galvanisé par cette expérience, il enchaîne les concerts dans le cadre du festival Kiosques en musique avec une formation classique : piano, voix, violoncelle et, bien sûr, son éternelle trompette. « Le violoncelle s’intégrait parfaitement avec le piano-voix. Les instruments étaient le prolongement naturel de ma voix. Ce projet m’a donné l’envie de réaliser mon fantasme : revenir à une musique plus acoustique. »

Or, il s’avère que le réalisateur Louis-Julien Petit, qui a déjà travaillé un an plus tôt avec notre chanteur, est justement à la recherche d’une chanson « dépouillée » pour le générique de Discount, son premier long métrage actuellement au cinéma. Jackpot ! Le cinéaste a le coup de foudre pour Century,un morceau co-écrit avec David Abel, une chanson composée dans des circonstances étranges : « J’ai entendu dans mes rêves cette chanson qui sonnait comme une libération. Je me suis dit “réveille-toi !” et je me suis jeté sur mon piano pour écrire les accords ! » Inspirés du rêve, les paroles de Century assument leur côté surréaliste : « L’histoire d’un mec un peu perdu qui rêve de vivre dans un autre siècle et qui a une quête à accomplir. » On en connaît un qui est sur le point d’y parvenir.

Julien Moschetti

Publié dans le JSD, le journal de Saint-Denis, le 6 février 2015.

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