Marcus Henriksson, maître yogi

Moitié du mythique duo Minilogue et Son Kite avec Sebastien Mullaert, Marcus Henriksson officie également en solo sous le pseudo Nobody Home. Mais c’est aussi un passionné de yoga et de méditation qui bien failli abandonner le djing pour se consacrer à son développement spirituel. 

« J’ai commencé à avoir des problèmes de santé en 2006 : douleurs au dos, à l’estomac et aux poignets. J’ai rencontré à l’époque de nombreux médecins sans trouver de remède efficace. Et puis, un jour, un ami m’a prêté un livre sur l’ayurveda, une médecine traditionnelle originaire de l’Inde. L’ouvrage recommandait de faire de la méditation et des exercices de yoga. Après une semaine de pratique, tous mes soucis de santé avaient disparu ! J’ai donc commencé à faire des exercices tous les matins. Jamais je ne m’étais jamais senti aussi bien ! J’étais tellement high que j’avais l’impression de vivre des expériences psychédéliques !

J’ai donc intensifié ma pratique en passant à 3 heures de yoga et de méditation par jour. J’ai progressivement appris à me débarrasser des pensées qui polluaient mon esprit pour me concentrer sur le moment présent. Le passé et le futur sont des constructions mentales. Ces schémas mentaux nous empêchent d’être dans le présent. C’est un peu comme si on portait des lunettes sales qui nous empêchent de voir le monde tel qu’il est. Le yoga et la méditation nous donnent des clefs pour nettoyer ces lunettes. On accède petit à petit à d’autres niveaux de conscience. On apprend à faire la distinction entre les pensées inconscientes et les émotions, à écouter notre cœur pour se concentrer sur soi-même tout en faisant abstraction du monde extérieur.

Photo : Flavien Prioreau. Droits réservés.

Photo : Flavien Prioreau. Droits réservés.

Après un an de pratique intensive, j’ai décidé de faire un break avec le DJing. J’ai vendu tous mes disques pour me concentrer sur mon développement spirituel. J’ai quitté Malmö pour m’installer dans une maison immergée dans la nature à l’abri des distractions de la ville. Sebastian Mullaert (moitié de Minilogue, ndlr) me rendait régulièrement visite pour improviser des jam-sessions. On démarrait toujours par une séance de méditation. On faisait le vide dans nos têtes pour mieux laisser parler notre cœur. Ces années de méditation intensive m’ont permis de découvrir énormément de choses sur moi-même et le monde qui m’entourait.

J’ai compris que je ne vivais pas la vie que je voulais vivre. J’étais en train de perdre de vue les idéaux qui m’animaient au début des années 90, quand la danse et la recherche de la transe passaient avant tout. La scène électronique avait changé, remplacée par la culture clubs corrompue par le culte du business. Je me retrouvais à rechercher malgré moi le succès et la gloire. J’ai fini par comprendre que c’était mon inconscient qui me poussait à embrasser ces idéaux. Ces vieux schémas mentaux étaient d’ailleurs à l’origine de mes problèmes de santé en 2006.

Et puis, un jour, le DJing a fini par me manquer… J’ai donc ralenti le yoga et la méditation pour revenir à mes premiers amours en 2012. J’ai fini par comprendre que la pratique intensive du yoga n’était pas forcément compatible avec le mode de vie occidental. Mais cela ne m’empêche pas continuer à pratiquer la méditation chaque jour. Je fais aussi du yoga plusieurs fois par semaine. Quand je ressens le besoin, je pioche dans ma « boîte à outil yoga“ pour résoudre mes problèmes. Et puis je la referme. »

Julien Moschetti

Publié dans Trax en avril 2015.

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