Jacques Le Sergent, président de l’Arac

Né d’un père militaire qui a fait la Grande Guerre, Jacques Le Sergent a subi à 8 ans les bombardements de l’usine Michelin à Clermont-Ferrand en mars 1944. Ces cicatrices forgeront l’engagement anti-guerre du président de l’Association républicaine des anciens combattants (Arac). Ce qui ne l’empêchera pas de faire son service militaire en Algérie avant d’être détaché à Alger à la RTF (Radiodiffusion télévision française), l’ancêtre de l’ORTF. Suivra un poste d’animateur à Europe n°1, qui lui ouvrira les portes de l’ORTF, FR3 et RFO. Tour à tour, il est animateur, producteur d’émissions de TV et directeur des programmes musicaux. Avant de décider de s’investir avec l’Arac à La Courneuve au milieu des années 1990.

Photo : Virginie Salot

Photo : Virginie Salot

« J’étais un enfant chétif et timide. J’ai passé plusieurs fois mon bac avant de l’avoir. C’est le fait d’avoir été mis en avant dans des émissions de radio et de télévision qui m’a permis de gagner confiance en moi. On m’appréciait pour ma gentillesse et mon sens du contact. Je me suis dit : « Finalement, tu n’es pas si bête que ça, tu t’en sors partout où tu vas. » Ce n’est pas parce qu’on est en échec scolaire qu’on n’a aucune chance de réussir dans la vie. Il faut juste se passionner pour quelque chose. Et lier contact avec un maximum de personnes car c’est grâce à son carnet d’adresses qu’on finit par trouver un bon travail. C’est comme ça que j’ai réalisé une belle carrière à la radio et à la télévision. Quand j’ai quitté RFO en 1992 pour prendre ma retraite, j’ai mené des démarches auprès de l’Onac (Office national des anciens combattants) pour faire valoir mes droits à la réparation. De fil en aiguille, je suis devenu le président de l’antenne courneuvienne de l’Arac.

« Faire la guerre à la guerre »

Je défends au jour le jour les droits des anciens combattants, mais aussi ceux des veuves et des orphelins. Ces avantages sont une reconnaissance de notre dévouement pour la France. Cet engagement donne un sens à ma vie. C’est aussi une manière de « faire la guerre à la guerre », comme le disait Henri Barbusse, le cofondateur de l’Arac. Nous devons tout faire pour que cette horreur ne se reproduise pas. Pour que les gens ne se constituent pas en armée dans le but de tuer ceux d’en face. La guerre, ce sont deux pays qui se battent pour se suicider. Si l’on ne se souvient pas des millions de morts, elle est condamnée à se reproduire. « Si vous fermez la porte à toutes les erreurs, la vérité restera dehors », écrivait l’écrivain indien Rabindranath Tagore. Paul Éluard nous avait aussi prévenu : « Si l’écho de leurs voix s’éteint, nous périrons ». Le jour où tous les anciens combattants auront disparu, nous n’aurons plus de souvenirs vivants de ces horreurs. C’est pour cette raison que le devoir de mémoire est si important.

« Si on arrête d’enseigner, il n’y a plus d’histoire, on redémarre à zéro. »

Il faut donc se rendre dans les lieux de mémoire pour ne pas oublier. Le cinéma et les reportages à la télévision ne suffisent pas. J’invite tout le monde à voir de ses propres yeux le wagon-témoin du mémorial national du camp de Drancy, l’ancienne gare de déportation de Bobigny ou le quai aux bestiaux à Pantin d’où est parti le dernier convoi de déportés. Je pense aussi au fort de Romainville, un camp de détention qui a servi de prison à de nombreux otages, qui furent ensuite fusillés au Mont-Valérien. Toutes les personnes qui ont encore des doutes sur cette période de l’histoire doivent s’y rendre, cela restera à jamais dans leur esprit. Mais le devoir de mémoire passe aussi par l’école. Si on arrête d’enseigner, il n’y a plus d’histoire, on redémarre à zéro. Il est primordial que les instituteurs évoquent l’invasion des nazis, la Shoah ou les camps d’extermination avec leurs élèves. J’aimerais aussi que plus de jeunes participent aux commémorations. Je suis heureux que le Conseil communal des enfants s’investisse. Le petit Jonathan avait par exemple lu un discours lors de la cérémonie de commémoration du 96e anniversaire de l’armistice de 1914. C’est important car ce seront les témoins de cette histoire le jour où nous ne serons plus là. »

Julien Moschetti

Publié dans Regards, le journal de La Courneuve, le 30 avril 2015.

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