Dans les coulisses d’une vie d’artiste

Deux classes de CM1 de Saint-Exupéry participent aux ateliers de chant de la Cité des Marmots. Des rencontres musicales hebdomadaires qui les préparent au concert donné à l’Embarcadère d’Aubervilliers le 30 mai.

La séance démarre par des exercices de relaxation et des vocalises. L’intervenante de la Cité des marmots demande aux enfants de « remuer les bras pour se détendre » avant d’échauffer leurs voix avec des crescendos monosyllabiques. Le temps des répétitions débute alors : les petits chanteurs entonnent quatre chansons, dont trois en anglais, qui feront partie intégrante du spectacle jeune public NOLA Black Soul mis en scène par Laurent Gachet. En point d’orgue, le concert à l’Embarcadère d’Aubervilliers le 30 mai, aux côtés de Zaf Sapha, un musicien qui a notamment travaillé avec Jacques Higelin, Tryo, Bernard Lavilliers ou encore Salif Keita.

Les deux classes de CM1 de Saint-Exupéry feront en effet partie d’un grand cœur composé de 400 écoliers de Seine-Saint-Denis. « Ce parcours vocal permet de sensibiliser les enfants à l’art, explique Sabrina Ouis, chargée de projets de Villes des musiques du monde, l’association à l’origine du projet. Ils se préparent plusieurs mois avant de se produire sur scène. Ils rencontrent ensuite le metteur en scène et découvrent le monde du spectacle vivant. Ils finissent par se rendre compte que la vie d’artiste ne se résume pas à passer à la télé. »

Atelier chant

Mais le travail de l’association ne s’arrête pas là. En partenariat avec l’Éducation nationale,  elle fournit des outils pédagogiques aux enseignants pour étudier les coulisses de la création d’un spectacle et prolonger certaines thématiques comme l’esclavage. Après le Mali, Madagascar et l’Amérique latine, la Cité des Marmots a choisi cette année de faire honneur à la Louisiane. Le personnage principal du spectacle part à la recherche de ses origines, de Bâton Rouge à la Nouvelle Orléans. Une quête identitaire qui parle aux enfants : « La plupart ont une double culture, rappelle Sabrina Ouis. Or, la Nouvelle Orléans est mâtinée d’influences créoles, africaines, européennes, indiennesCe brassage culturel a donné naissance à de nombreux courants musicaux comme le jazz. »

Pour mieux s’immerger dans cette culture, les enfants interprètent des morceaux mythiques, When the Saints Go Marching In par exemple, sans souffrir de la barrière de la langue. « On apprend plein de chansons en anglais, se réjouit Radia. Ce n’était facile au début, mais maintenant ça vient tout seul. » Pour accélérer le processus d’apprentissage, elle chante à la maison. Tellement souvent que ses parents lui demandent régulièrement « d’arrêter ». Matene fait la même chose de son côté avec des chansons de Rihanna ou Sharira.

Au-delà de la pratique de l’anglais, c’est aussi la vie de groupe qui en sort fortifiée : « Cette expérience collective facilite le vivre-ensemble, analyse Sabrina Ouis. Cela crée une émulation positive, ce qui simplifie le travail de l’enseignant en classe. » Une fois les ateliers terminés, les élèves franchiront une autre étape dans leur apprentissage de la vie collective. En partageant la scène avec d’autres enfants de Seine-Saint-Denis. Le moment idéal de renvoyer une belle image de soi-même devant sa famille, selon Radia : « J’espère que je vais impressionner mes parents lors du spectacle, comme ça, ils seront fiers de moi. » Et c’est justement ça le plus important, non ?

Julien Moschetti

Publié dans Regards, le journal de La Courneuve, le 15 mai 2015.

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