Thomas Guyon, directeur de pépinière d’entreprises et créateur de jeux vidéo

Pour Thomas Guyon, la vie a de faux airs de roman d’aventures. Cet autodidacte de 41 ans a d’abord suivi une formation de géographe avec l’espoir secret de devenir « aventurier ». « Indiana Jones était bien archéologue, non ? », justifie-t-il avec humour. A défaut de suivre ce chemin rocambolesque, Thomas s’est spécialisé dans le conseil en développement économique territorial. Pour finir par devenir le directeur de la pépinière d’entreprises de La Courneuve il y a sept ans. Aujourd’hui à la recherche de nouveaux challenges, il a décidé de quitter la terre ferme du salariat pour lancer son propre jeu vidéo ! Sans oublier ses autres projets : créer une radio, concevoir un atelier de robotique et… poursuivre l’accompagnement d’entreprises.

Photo : Virginie Salot

Photo : Virginie Salot

« Quand je suis arrivé à la pépinière d’entreprises, je n’avais pas le budget pour proposer un accueil digne des grandes tours de la Défense. J’ai donc essayé de mettre l’accent sur la convivialité. Sept ans plus tard, je pense avoir atteint mes objectifs. J’ai participé à la construction d’un lieu d’échange ouvert à tous, entrepreneurs et gens du quartier. J’ai également veillé à sélectionner des entrepreneurs impliqués dans l’emploi local et soucieux de se prendre en main. Je crois à cette maxime : « Si je réussis, c’est grâce à moi, si je me plante, c’est de ma faute. »

Si je ne pouvais pas les forcer à aller dans « la bonne voie », j’étais à leur disposition pour les conseiller. J’ai listé les étapes charnières de la création d’entreprise pour les informer des pièges potentiels. Plusieurs entreprises de la pépinière qui dépassent aujourd’hui le million de chiffre d’affaires sont passées à un cheveu de la faillite, faute d’un produit ou d’un service de qualité ou encore d’un management efficace.Pour améliorer un produit, il faudra donc vérifier son prix et son positionnement, mais aussi modifier le management et les ressources humaines.

Avec le recul, ces sept années ont été très enrichissantes. Le niveau de tolérance des uns et des autres est assez exceptionnel aux 4000. Les gens sont naturels, ils ne prennent pas la pose. Ici à la pépinière, de nombreuses personnes fourmillent d’idées et à la longue, cela devient comme une drogue ! Les projets stimulent l’ambition et la réalisation. Aujourd’hui, je mets rapidement en pratique les idées que je gardais de côté autrefois. Je passe vite du rêve à la réalité. Mon conseil aux jeunes entrepreneurs ? Faites le premier pas. On ne risque rien à essayer.

« Je veux mourir avec le sentiment d’avoir vécu plusieurs vies. »

Mais la réussite passe par des épreuves, les raccourcis n’existent pas. Même dans les impasses, on trouve toujours de l’aide pour s’en sortir. C’est le message que l’on retrouve dans Le Héros aux mille et un visages, l’essai de mythologies comparées intitulé de Joseph Campbell. Quand tu as lu le livre, tu sais que tu trouveras toujours de l’aide pour t’en sortir, y compris le jour où tu te seras face à une impasse. Le problème, c’est qu’il y a toujours un moment où tu n’avances plus quand tu as un seul projet. C’est pour ça que j’en ai toujours trois ou quatre en même temps. C’est le faire qui m’intéresse, suivre le chemin.

Je suis heureux quand je progresse, quand j’ai accompli mes objectifs de la journée. Il y a une dizaine d’années, j’ai perdu quatre ans : beta testeur pour World of Warcraft, je ne faisais rien de productif, je passais ma vie devant le jeu vidéo. Aujourd’hui, je lance mon propre jeu de stratégie sur fond de guerre froide, Cold War, bientôt distribué par un éditeur canadien. Ce projet a nécessité deux ans de travail le soir et les week-ends. J’essaye aujourd’hui de rattraper le temps perdu. Je ne veux pas avoir de regrets, je souhaite mourir avec le sentiment d’avoir vécu plusieurs vies. Mon auteur préféré, Marcel Schwob, écrivait les biographies fictionnelles de personnages historiques. Cela m’a donné envie d’avoir des vies multiples. Pourquoi me contenter d’une vie de pirate ou d’explorateur ou encore de romancier alors que je pourrais assumer les trois ! »

Propos recueillis par Julien Moschetti

Publié dans Regards, le journal de La Courneuve, le 9 juillet 2015.

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