Quand la loi est jugée injuste

Le fondateur du collectif Les Désobéissants, Xavier Renou, était l’invité d’un débat consacré à la désobéissance civile à La Courneuve en 2013 dans le cadre de l’Université citoyenne courneuvienne. Il n’est jamais trop tard pour publier de vieux papiers !

Qu’est-ce que la désobéissance civile ? C’est le refus de se soumettre à une loi, un règlement, une organisation ou un pouvoir jugé inique par ceux qui le contestent. « La loi n’est pas toujours juste, elle protège parfois des pratiques injustes, lançait en guise d’introduction, l’animateur de la soirée, Xavier Renou, chef du collectif Les désobéissants. Y désobéir a permis d’arracher les premiers droits fondamentaux, de faire tomber des dictatures. Il faut s’opposer aux lois qui protègent les intérêts des dominants. »

Autre spécificité de la désobéissance civile d’après Xavier Renou, son action non violente : « Il ne suffit pas de couper la tête à un tyran pour rétablir la justice, il faut s’attaquer aux mécanismes de l’injustice sans pour autant faire usage de la violence. » Et de citer des exemples emblématiques de désobéissance civile : la marche du sel de Gandhi, la lutte anti-OGM, les mouvements du Larzac ou de Notre-Dame-des-Landes. Dans la salle, les avis sont partagés. « Ce qui me gêne dans votre discours, c’est que vous appelez à violer la loi alors que nous nous battons au quotidien pour la faire respecter », assène René.

Xavier Renou

Xavier Renou

Et Olivier de s’interroger : « Sur quels critères définit-on les injustices ? Ce qui est injuste pour moi ne l’est pas forcément pour mon voisin. » Pour Xavier Renou, chacun doit agir en son âme et conscience : « Si je considère que j’ai raison, je prendrai des risques supplémentaires car je veux gagner la lutte. Descendre dans la rue pour manifester revient à mettre un cierge à l’église. Notre objectif, c’est de pousser notre ennemi à la faute en l’obligeant à réagir. Quand on bloque un bulldozer, l’adversaire est contraint de réagir. On utilise alors ses fautes pour le faire chuter, comme dans l’aïkido. L’histoire nous dira si nous avions tort ou raison, si notre lutte allait dans le sens du bien commun. » 

Et Muguette Jacquaint, conseillère municipale déléguée aux droits des femmes, de conclure : « Toutes les lois ne vont pas dans le sens de l’intérêt général. Cela me rappelle le débat de société sur le droit à l’avortement dans les années 1970. La loi interdisait aux femmes de disposer de leur corps. Quand la loi est contraire aux droits humains, il faut parfois la refuser. »

Julien Moschetti

Publié dans Regards, le journal de La Courneuve, le 31 janvier 2013.

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