Éloge de la chute

Les quatre circassiens du spectacle Face Nord jonglent avec les jeux d’enfance pour repousser les limites de leurs corps d’adulte. Les 27 et 28 novembre au Centre culturel Jean-Houdremont.

Une voute humaine, une parodie de saute-moutons, une pyramide de corps… La cascade d’acrobaties de Face Nord a de faux airs de parcours d’obstacles dans une cours d’école. Le metteur en scène du spectacle, Alexandre Fray, désirait en effet retrouver l’innocence de l’enfance enfouie dans nos corps d’adultes. Objectif : fissurer le masque des artistes pour favoriser leur lâcher prise. « Les enfants ne font pas semblant lorsqu’ils jouent, rien à voir avec les comédiens qui jouent un rôle sur scène, assène Alexandre Fray. Ils sont dans leur monde, ils y croient comme si c’était réel à 100 %. Contrairement au théâtre, le cirque, c’est l’art du réel : quand on jette un partenaire en l’air, on le rattrape pour de vrai. »

Retombés momentanément dans l’enfance, libérés en partie du poids des apparences, les quatre grands gaillards de la compagnie Un Loup pour l’homme repoussent un peu plus loin les limites de leurs enveloppes charnelles. « Les acrobates du spectacle connaissent parfaitement les règles du jeu mais ils les contournent pour mieux improviser, explique le metteur en scène. C’est ainsi qu’ils rentrent dans ce que j’appelle leur « zone de liberté ». C’est un peu comme un match de football : les joueurs connaissent le schéma de jeu de l’entraîneur, mais ils ne jouent jamais de la même manière à chaque match. Et c’est justement ce qui plaît aux passionnés de sport : on ne sait jamais à l’avance ce qui va se passer. »

Un Loup pour l'homme / Face Nord

Photo : Vincent Muteau

Cette plongée dans le bain de l’aléatoire rime aussi avec prise de risque supplémentaire, et, forcément… chutes. « Et alors ? Les acrobates ne sont pas des super héros condamnés à afficher leur toute-puissance, ils ont aussi le droit à l’erreur ! s’exclame Alexandre Fray. Heureusement d’ailleurs, car cette vulnérabilité favorise la transmission des émotions au public. » Cette vulnérabilité, il en a fait l’amère expérience sur les tatamis. « La première chose qu’on nous apprend au judo, c’est savoir tomber, rappelle l’ex-ceinture noire de judo. La chute a quelque chose à nous apprendre. Elle nous permet de prendre conscience que nous ne sommes pas tout-puissants. Les acrobates rêvent tous de s’envoler, mais les lois de la gravité finissent toujours par les faire retomber. C’est pourquoi ils ne doivent pas rentrer sur scène pour gagner, mais pour prendre le risque de perdre. » Reste à savoir si les artistes de la compagnie Un Loup pour l’homme se jetteront à l’eau les 27 et 28 novembre prochains.

Julien Moschetti

Publié dans Regards, le journal de La Courneuve, le 12 novembre 2015.

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