La Kabylie en musique

Deux chefs de file de la musique berbère, Idir et Ali Amran, rendront hommage à l’illustre chanteur kabyle Matoub Lounès dans le cadre du festival Africolor, le 19 décembre au centre culturel Jean-Houdremont.

Le temps d’un soir, La Courneuve dansera au rythme de la Kabylie. Le chanteur Ali Amran a en effet eu l’excellente idée de revisiter le répertoire d’une figure emblématique de cette région, assassinée en 1998 pour ses idées politiques : Matoub Lounès. Ali Amran partagera la scène avec Idir qui a repéré Matoub dans les cafés parisiens fréquentés par la communauté à la fin des années 1970, avant de lui prêter main forte pour l’enregistrement de son premier album.

Les deux chanteurs feront revivre la fougue poétique du compositeur et militant, accompagnés par le son amplifié des guitare, basse et batterie, mais aussi de la derbouka. L’amoureux, l’écorché vif, le révolté… Toutes les facettes de l’artiste ressurgiront. Ali Amran a passé au tamis de sa sensibilité les 28 albums de l’icône kabyle, retenant 13 chansons dont les thèmes vont de l’amour impossible à l’immigration en passant par le « kif » ou la critique de l’islamisation forcée.

Droits réservés

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Matoub Lounès a commencé par explorer les thèmes de la geste kabyle dans les cérémonies familiales: la communauté villageoise, la terre, l’exil, l’amour de la nature, avant de défendre l’enseignement du kabyle en Algérie. Sa musique s’inspire directement du chaâbi, la chanson populaire algéroise et arabophone émergée dans les années 30 incarnée par M’Hamed el-Anka puis Dahmane el-Harrachi. Le soulèvement en Kabylie d’avril 1980, dénommé depuis le Printemps kabyle pousse Matoub à se radicaliser dans la lignée des textes revendicateurs de Ferhat Mehenni.

Le poète contestataire fut en effet un ardent défenseur de la langue et de la culture berbères face à la politique d’arabisation et d’islamisation de l’Algérie. Ses textes participaient à réécrire l’histoire « officielle » de son pays. Les événements politiques et les évolutions économiques étaient décrits avec précision dans ses chansons : le Printemps berbère de 1980, l’assassinat du président algérien Mohamed Boudiaf en 1991, le terrorisme islamiste des années 1990…

L’engagement du chanteur kabyle semblait sans bornes. Quelques mois avant sa disparition, le morceau Tabratt i lḥukem parodiait l’hymne national algérien pour dénoncer la lâcheté et la stupidité du pouvoir. Combattant farouche des terroristes islamistes, il fut aussi l’ardent défenseur de la laïcité et de la démocratie en Algérie. Des combats qui devraient résonner avec un écho particulier quelques semaines après les attentats du 13 novembre.

Julien Moschetti

Publié dans Regards, le journal de la Courneuve, le 17 décembre 2015.

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