La planète en surchauffe

Quel est l’impact du réchauffement climatique sur la planète ? Tour d’horizon des changements à travers le témoignage de personnes originaires du Bangladesh, du Sénégal, des Comores, de Chine ou du Mali. 

« Mon village était entouré de mangroves et de rizières lorsque j’étais gamin. Il y avait tellement de végétation qu’on n’apercevait pas la ville voisine. Aujourd’hui, tous les grands arbres ont disparu. » Né à Mbam, un village côtier situé du centre ouest du Sénégal, Sarr Senghane, 69 ans, voit chaque année la sécheresse gagner du terrain. Mais c’est aussi la montée du niveau de la mer qui l’inquiète : « Une bande de terre située à 5 kilomètres de chez moi a été engloutie par l’océan… La mangrove protège encore notre village, mais je suis sûr qu’il va bientôt disparaître. »

Cette angoisse est partagée par Bacar Soilihi, originaire de Mitsamiouli, située dans l’archipel des Comores et comptant plus de 7 000 habitants : « Selon certains experts, notre ville pourrait être engloutie en cas de tsunami. Le niveau de la mer augmente chaque année, l’ancienne digue a fini par céder. » Pour ne pas subir le même sort que la ville de Bangoi-Kouni, qui est régulièrement inondée par la mer, Mitsamiouli, décidée à prendre le taureau par les cornes, réfléchit à deux projets : la construction d’une nouvelle digue et le reboisement du littoral.

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Inondation au Bangladesh. Photo : Sumaiya Ahmed

Le réchauffement climatique se manifeste aussi par des canicules de plus en plus intenses de l’autre côté du globe : « À Nanchang, j’ai vécu des pics de température de 45 degrés, soit 50 degrés ressentis. La chaleur était si étouffante que certains plaçaient des bouteilles d’eau congelées dans leurs lits durant la nuit », raconte Leïla Barreau, installée en Chine, dans la province du Jiangxi, durant quatre ans. La Courneuvienne y a également connu l’été caniculaire de 2013, qui a compté trente et un jours à plus de 35 degrés, soit le double de la moyenne constatée entre 1955-1984. De nombreux pays sont frappés par des vagues de chaleur anormales depuis quelques années.

« Quand j’ai quitté le Bangladesh en 1979, il faisait 27 degrés maximum en mai et juin. Aujourd’hui, on atteint les 40 ! », constate Fatema Mia, qui y retourne régulièrement. Classé au 5e rang des pays les plus exposés au risque de changement climatique par l’ONU, le Bangladesh est par ailleurs confronté aux inondations en raison de trois facteurs principaux : l’élévation du niveau de la mer, la hausse des précipitations et la fonte des glaciers himalayens. Un cocktail explosif qui pourrait conduire à la perte de 40 % des terres agricoles d’ici à 2050, selon les Nations unies. Conséquence, « de nombreux réfugiés climatiques sont obligés de rejoindre la capitale pour trouver du travail », conclut Fatema Mia.

Fonte du glacier Thulagi glacier (Népal). Photo : DFID (Department for International Development)

Fonte du glacier Thulagi glacier (Népal). Photo : DFID (Department for International Development)

Au Sénégal et au Mali, la sécheresse progresse aussi : « Il devient de plus en plus difficile de cultiver là-bas. Les terres sont très vite inondées quand il pleut. Elles sont restées tellement longtemps sans eau qu’elles ne l’absorbent plus », explique Sarr Senghane, qui, parallèlement, a observé la modification du calendrier des tempêtes au fil des ans : « Elles survenaient jusqu’en novembre autrefois. Elles frappent aujourd’hui en décembre et en janvier. Même chose pour la saison des pluies qui est décalée. On assiste à un dérèglement des cycles. »

On retrouve ce dérèglement dans les changements de température au Mali : « Elles ne dépassaient pas les 42-43 degrés durant la période chaude, témoigne Prénom Bah, installé depuis dix ans à Bamako. Depuis trois ou quatre ans, on nous parle de 45 degrés, mais la température ressentie c’est 50 degrés ! » Ce réchauffement s’accompagne d’une désertification. « Le désert avance vers les villes du sud, le fleuve Niger est de plus en plus ensablé, déplore-t-il. Or les ressources en eau sont essentielles car nous n’avons pas d’accès direct à la mer. »

Et d’observer aussi l’instabilité de la saison des pluies, qui durait de juin à septembre auparavant et s’est étendue « de fin juillet à novembre, en 2015. Cela perturbe beaucoup les agriculteurs qui ne savent plus quand ils doivent semer ». Ajoutez le fait que, d’après la Banque mondiale, les précipitations ne cessent de diminuer depuis trente ans le long de la bande sahélienne (Algérie, Sénégal, Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger, Nigeria, Tchad, Soudan, Cap-Vert) et vous comprendrez aisément que les conséquences alimentaires et économiques s’annoncent catastrophiques pour la population malienne qui travaille à 75 % dans l’agriculture. Pire, certaines études évoquent la disparation pure et simple du Niger.

Une situation qui semble à des années-lumière de celle de la France qui, en 2014, était classée en 164e position des pays les plus vulnérables au réchauffement climatique. Plus pour très longtemps, selon Sarr Senghane : « Les Français regardent de loin les catastrophes naturelles qui se déroulent ailleurs. Mais l’Hexagone sera l’une des prochaines victimes de cette tragédie mondiale. Il faudrait être aveugle pour ne pas voir que nous courons tous à notre perte. »

Julien Moschetti

Publié dans Regards, le journal de La Courneuve, le décembre 2015.

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