« L’augmentation des gaz à effet de serre multiplie les vagues de chaleur »

Robert Vautard

Robert Vautard

Entretien avec Robert Vautard, climatologue, directeur de recherche au CNRS et membre du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec).

Julien Moschetti: Est-ce qu’il y a un consensus scientifique sur le réchauffement climatique ?

Robert Vautard : Il y a en effet un consensus des scientifiques sur l’existence d’un changement climatique depuis l’ère préindustrielle. La température de l’air est en hausse de 0,85 °C depuis 150 ans, le niveau des mers de 20 centimètres, la glace des mers et la surface enneigée des continents diminuent de manière significative… On constate aussi l’amplification des précipitations extrêmes dans certaines régions tropicales ou le sud de la France comme les Cévennes.

J.M. : Quelle est la part de responsabilité de l’être humain dans le réchauffement climatique ?

Robert Vautard : Notre planète a connu des réchauffements brutaux en termes d’amplitude durant les périodes glaciaires. Il y a 125 000 ans, les températures étaient supérieures de 5 degrés par rapport à aujourd’hui. Il y a donc déjà eu des climats plus chauds, mais les scientifiques craignent la vitesse du réchauffement sur une durée très courte. Or nous n’arrivons pas à expliquer ce phénomène sans mettre en cause les augmentations de gaz à effet de serre qui sont d’origine humaine. Cette augmentation est telle que l’on craint un réchauffement de l’ordre de 5 degrés à l’horizon 2100. Nous ne savons pas si les espèces animales et végétales, et donc indirectement l’être humain, qui dépend de ces écosystèmes, pourront supporter cette pression du climat.

J.M. : Quel est le lien entre réchauffement climatique et événements extrêmes : sécheresse, cyclones, ouragans, tsunamis ?

R.V. : Les rapports du Giec montrent que le réchauffement climatique a un impact sur certaines catégories d’événements. L’augmentation des gaz à effet de serre participe directement à la multiplication des vagues de chaleur et à la diminution des vagues de froid. Il est également prouvé que la montée du niveau des mers est liée à la hausse des températures. Plus la mer est chaude, plus elle monte en raison de la dilatation de la masse d’eau. En revanche, nous ne pouvons pas encore dire avec certitude que l’émission des gaz à effet de serre provoque plus de phénomènes venteux : cyclones, tempêtes, ouragans, tornades…

J.M. : Qu’espérez-vous de la COP21 ?

R.V. : Un accord contraignant pour limiter le réchauffement climatique à 2 degrés, avec une clause de révision des engagements tous les cinq ans, serait l’idéal. Il faudrait un accord souple et révisable avec tous les pays. Mais un tel consensus sera difficile à obtenir.

Propos recueillis par Julien Moschetti

Publié dans Regards, le journal de La Courneuve, le 26 novembre 2015.

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