Christine Gloaguen : éternelle rêveuse

L’ex-styliste de Primrose Bordier a fondé l’agence A Point Un pour reprendre les activités de la marque.

Toute jeune déjà, Christine Gloaguen bâtissait des royaumes de songes pour combler l’ennui : « Je passais mon temps à rêvasser, à me raconter des histoires. J’imaginais des univers en faisant des montages et des collages. » C’est aussi pour chasser cette impression de vide qu’elle se met à crayonner sur les bancs de l’école. Une passion pour le dessin qui finira par devenir son métier.

Après des études à L’École supérieure des arts appliqués Duperré, elle intègre en 1998 le bureau de style de Primrose Bordier. Fondatrice de la marque éponyme dans les années 1960, cette styliste française a « révolutionné le linge de lit et l’univers de la maison en injectant de la couleur dans les draps », analyse Christine Gloaguen.

Inspirée par « les cultures du monde, les voyages et l’histoire de l’art », Primrose Bordier a en effet fait le bonheur de marques prestigieuses : Descamps, Le Jacquard Français ou Françoise Saget dans la catégorie le linge de maison, les parfums Esteban, les faïenceries Salins… Jusqu’à ce jour de juillet 2014 où les dirigeants de l’entreprise ont mis la clef sous la porte en raison d’une baisse du chiffre d’affaires.

Mais c’était sans compter sur les clients de la marque qui sollicitèrent aussitôt Christine Gloaguen pour reprendre l’activité. Après une quinzaine d’années dans la maison Primrose Bordier, notre styliste était en effet devenue l’héritière d’un savoir-faire unique. Restait à savoir si elle serait capable de relever le défi de l’entrepreneuriat : « Le challenge a consisté à trouver des financements, recruter des stylistes opérationnels et monter une agence qui tienne la route dans des délais très courts. » L’entrepreneuse ne savait pas non plus si elle pourrait « se dissocier en trois : créatrice, directrice artistique et gérante ».

Photo : Yann Mambert. Tous droits réservés.

Photo : Yann Mambert. Tous droits réservés.

Un an et demi plus tard, la lauréate des Trophées Espoirs de l’Économie 2016 de Seine-Saint-Denis et, il y a quelques jours, d’un prix au challenge de la création de Plaine Commune Promotion, a relevé le défi avec brio en installant l’agence de style A Point Un à Saint-Denis. « Une ville ouverte et pleine d’énergie, avec une histoire riche et tournée vers le futur, un vrai carrefour de cultures », estime Christine, dionysienne depuis 2002.

La mission a d’abord consisté à transmettre à ses deux stylistes « le savoir-faire et les méthodes de travail de Primrose Bordier », avec l’espoir de « pérenniser l’histoire d’une marque au passé prestigieux ». Avant de lancer la toute nouvelle collection en septembre dernier, bonheur personnel à la clef : « Je ne suis plus styliste à 100 %. J’orchestre les collections avec les deux stylistes et continue à faire des créations en parallèle. Cela permet de briser la monotonie. Je suis dans une ivresse permanente depuis que j’ai pris les rênes de l’agence ! »

Le chiffre d’affaires est à la hauteur de l’accomplissement personnel : 415 000 euros. Prochain objectif de cette quadragénaire : « Créer notre propre marque pour élargir notre champ d’expression, travailler de manière plus spontanée, avec moins de contraintes. » Une liberté accrue qui lui permettra peut-être de réaliser ses rêves d’enfance. Car « c’est la part de rêve qui prime quand on monte son entreprise, c’est ce qui vous fait avancer pour venir se lever le matin ».

Julien Moschetti

Publié dans le JSD, le journal de Saint-Denis, le 1er février 2016.

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